Les orateurs qui mont procédé ont clairement expliqué les tenants et les aboutissants de la Facilité d'Ajustement Structurel Renforcée (F.A.S.R).
Pour ma part, jajouterai, Messieurs, quil ny a pas de développement réussi sans de bonnes politiques économiques et je pense que les principaux éléments de ces politiques sont :
- dune part, la stabilité macro-économique (politique budgétaire saine, politique monétaire prudente) axée sur un faible taux dinflation et la promotion de la croissance ;
- et, dautre part, des réformes structurelles visant à éliminer les goulots détranglement et à rationaliser laffectation des ressources, à libéraliser laccès au marché, à promouvoir le commerce et linvestissement, et à créer un climat propice à lessor du secteur privé comme moteur principal de la croissance.
Le programme dajustement ou de stand by, mené avec constance au cours de trois dernières années, a donné de bons résultats. Son application a permis daméliorer les performances macro-économiques en ce sens que nous observons aujourdhui la reprise de la croissance, la baisse de linflation et la réduction du déséquilibre budgétaire.
Cependant, il faut se rendre à lévidence que ce résultat na pas suffi à accélérer le progrès social. Donc, beaucoup reste à faire. La poursuite de leffort de redressement apparaît indispensable pour faire progresser la croissance réelle par habitant et réduire sensiblement la pauvreté.
Cest lobjet du programme d'ajustement structurel renforcé conclu récemment avec le FMI pour les trois prochaines années. Plus exigeant que le précédent, il a comme objectif la croissance économique. Ce qui implique :
| la poursuite de la réduction du déficit budgétaire ; | |
| la mise en chantier des réformes structurelles plus énergiques ; | |
| le maintien du système monétaire et le renforcement du secteur bancaire, qui fait lobjet de mon intervention. |
Jaborderai dabord de la monnaie, puis de la réforme du secteur bancaire.
En général, la réforme monétaire occupe une place de choix dans le programme dajustement du FMI. Cette réforme consiste globalement à rendre plus convertible, si elle fait lobjet de restriction, la monnaie du pays avec lequel linstitution de Bretton-Woods conclut un accord de programme dajustement et concerne :
| la convertibilité des avoirs afférents aux transactions courantes (activités commerciales avec lextérieur) ; | |
| la convertibilité de la monnaie pour les opérations en capital (attirer les capitaux étrangers) ; | |
| la convertibilité interne (dépôts en devises pour les résidents). |
En ce qui concerne notre pays, nous avons opté depuis fort longtemps pour ce principe. La réforme donc dans ce domaine ne nous a pas été conseillée par les experts du FMI. Au contraire, ils sont tout à fait daccord pour maintenir notre système monétaire en létat.
En effet, lié dès lorigine de sa création, il y a 50 ans au dollar US, le Franc-Djibouti demeure toujours convertible à vue, sans restriction ni justification, aussi bien pour les résidents que les non-résidents.
Ainsi, par sa stabilité linéaire, le Franc-Djibouti a contribué fortement à lessor économique de notre pays. Cette stabilité trouve également son assise dans un système démission particulier de type " Caisse démission " ou " Currency -board ".
Le principe est des plus simples. Chaque Franc Djibouti émis doit être entièrement couvert par un dépôt en dollar US. Inversement, lachat de devises est libre, et seffectue contre simple dépôt de Franc-Djibouti auprès de la Banque Centrale.
Le volume de lémission augmente ou baisse donc au gré des ventes ou des achats de Franc-Djibouti par la Banque Centrale. Du point de vue du mécanisme des changes, cette fluctuation est parfaitement neutre.
Sur le marché des changes, le cours de Franc-Djibouti est librement déterminé vis-à-vis des autres monnaies, selon la loi de loffre et de la demande par corrélation directe avec le dollar US.
En ce qui concerne les banques commerciales, créatrices de la monnaie scripturale, obligation réglementaire leur est faite de tenir assez des devises pour couvrir leurs dépôts en monnaie nationale.
Gardienne de la viabilité de notre monnaie, la politique monétaire mise en oeuvre par la Banque Nationale sinscrit dans une double perspective à savoir :
- Veiller au maintien de la parité et à la libre conversion du FrancDjibouti ;
- Surveiller lévolution de la masse monétaire et des conditions de distribution du crédit. Ceci dune part, pour suivre lévolution de linflation et, dautre part, contrôler les crédits bancaires en Franc Djibouti, générateurs de dépôts à découverts dont le développement inconsidéré risque daltérer la force et la convertibilité de la monnaie nationale.
Selon la recommandation du FMI, cette évolution de la masse monétaire ne devrait pas dépasser le PIB nominal de lordre de 5 % par an.
Concernant la fixation des taux dintérêts, la Banque Nationale nintervient pas ainsi que le recommande la F.A.S.R sur lévolution des taux dintérêts bancaires. En réalité, la possibilité de fixation des taux dintérêts par la Banque Centrale est assez limitée en raison dune part, de labsence de contrôle des changes et de la mobilité du capital à Djibouti et, dautre part, en raison de labsence de refinancement du secteur bancaire.
En conclusion, nous pouvons résumer sur la partie monétaire du programme comme suit :
| dun, labsence de contrôle des changes, donc mobilité du capital ; | |
| puis, une convertibilité totale de la monnaie nationale ; | |
| enfin, la caisse démission apporte un surcroît de crédibilité à la politique monétaire saine de la Banque Centrale en raison de la stricte limitation de la monétisation des déficits publics et du crédit au secteur bancaire. |
Cette situation cadre donc parfaitement avec les recommandations du FMI.
En ce qui concerne le secteur bancaire, deuxième volet de mon intervention, deux idées forces me paraissent résumer les recommandations du FMI dans ce secteur à savoir :
- dune part, un secteur bancaire sain présuppose une économie saine et dynamique et réciproquement une économie saine suppose un financement bancaire de qualité ;
- dautre part, une intermédiation financière de qualité implique une adaptation régulière des règles de gestion et des instruments de contrôle et de surveillance.
En premier lieu, notre conviction est que la santé du système bancaire dépend en grande partie de létat de lactivité économique. En effet, en interrogeant lhistoire économique récente de notre pays, on observe que la récession économique de ces dernières années a constitué lun des facteurs fondamentaux de la mauvaise situation financière des établissements de crédit. Elle a contribué, sans aucun doute, à la dégradation de la qualité de leur portefeuille, qui demeure largement tributaire du dynamisme et de la viabilité des entreprises.
Fort heureusement, les efforts de renforcement du cadre macro-économique poursuivi par les pouvoirs publics et la reprise, certes lente et insuffisante, de lactivité économique qui en découle, laissent indiquer que les établissements de crédits en activité ont recouvert leur santé financière, augurant ainsi des lendemains meilleurs.
En second lieu, la qualité de lintermédiation financière réside dans lopportunité dune adaptation régulière des règles de gestion et des instruments de contrôle et de surveillance de lactivité bancaire.
Lobjectif ultime est non seulement de mériter la confiance des épargnants et des investisseurs, mais aussi de favoriser une intégration harmonieuse dans un système financier international empreint de modernité et de diversification.
Dans ce cadre, lobjectif permanente de la Banque Centrale, demeure lamélioration continue du cadre réglementaire de lactivité bancaire.
A cette fin, plusieurs chantiers seront menés avec le soutien du FMI parmi lesquels je citerai :
- la mise en oeuvre dune nouvelle réglementation bancaire ;
- le renforcement de capacité de supervision de la Banque Centrale.
Par ailleurs, interpellée dans son rôle décisif de gardien du temple bancaire, et de veille permanente, la Banque Nationale assure à la fois une prévention efficace des risques et une action corrective salutaire, à travers ses contrôles a priori et a posteriori et ses vérifications sur pièces et sur place. Dans lensemble les établissements de crédits respectent la réglementation prudentielle.
Il sagit, dans le contexte actuel de globalisation financière avec ses risques dinstabilité accrus, de promouvoir une plus grand rigueur et une transparence accrue dans les interventions du système bancaire en vue de renforcer la sécurité, la compétitivité et la rentabilité dans ce secteur.
Cest dans cet esprit que la Banque Nationale entend poursuivre et consolider son oeuvre de surveillance en faveur dune intermédiation bancaire plus efficiente, au service de notre développement économique.
Je vous remercie de votre attention.
Djibouti, les 5-6 décembre 1999
Houmed Abdo Daoud