Finance Islamique

Le chef de l’Etat préside la cérémonie de lancement de la première conférence africaine sur la finance islamique
2012-11-06 ADI

Le Président de la République, M. Ismail Omar Guelleh, a présidé aujourd’hui à l’Hôtel Kempinski la céémonie de lancement de la première conférence africaine sur la finance islamique.

L’inauguration de ce Sommet Africain de la Banque Islamique (IBSA) a vu la participation de plus de 200 leaders du secteur bancaire et financier islamique international qui ont entamé des discussions mettant l’accent sur la façon de ‘saisir l’opportunité de la finance islamique en Afrique’.

Ce Sommet, de deux jours, a débuté par un discours prononcé par le directeur général de la Société Islamique pour le Développement du secteur privé de la banque islamique de développement de l’Arabie Saoudite, M. Khaled Mohamed Al-Aboodi, qui a indiqué que "le Sommet Africain des Banques Islamiques (IBSA 2012) et la banque islamique de développement de l’Arabie Saoudite tiennent à réaffirmer leur rôle de banque centrale et de régulateurs des services financiers de Djibouti".

"Nous nous sommes non seulement engagés dans l’aspect réglementaire de l’entreprise, mais nous sommes aussi conscients du fait que l’industrie ne se développera point si le capital humain n’est point disponible. Compte tenu de cet état de fait, nous travaillons sur la création d’un institut de la finance islamique qui permettra aux élèves d’étudié de façon précoce la finance islamique", a-t-il dit.

Par la suite, c’est le Secrétaire général de la Commission des Services Financiers Islamiques (Islamic Financial Services Board-IFSB), M. Jaseem Ahmed, qui a pris la parole en indiquant que « l’Afrique a une population croissante qui a atteint 1 milliard d’habitants et un nombre considérable de citoyens du continent sont musulmans.

Cette population aussi importante doit bénéficier de services des institutions islamiques et il est du devoir des leaders de l’industrie financière de fournir des services financiers à cette importante population musulmane du continent.

L’industrie académique quant à elle devra jouer un rôle de promotion en introduisant des études dans les établissements de gestion, d’enseignement technique et supérieur de different pays du continent afin d’éliminer l’image négative crées par des évènements lies à l’Islam de la dernière décennie. »

"Le secteur privé peut également émettre des sukuk afin d’amasser des fonds pour leurs affaires privées et publiques. Il s'agit d'une structure idéale pour financer des projets à long terme comme les centres commerciaux, les hôpitaux privés, les projets industriels, etc miniers", a poursuivi M. Jaseem Ahmed.

De son côté, le Gouverneur de la Banque Centrale de Djibouti, M. Djama Mahamoud Haïd, a souligné que "le secteur financier djiboutien s’est profondément métamorphosé au terme de la décennie écoulée en s’intensifiant par le nombre d’opérateurs et d’activités financières."

Ce processus a débuté il y a 10 ans avec seulement 2 banques et 5 auxiliaires financiers et compte à ce jour 11 banques, dont 4 islamiques, 17 agences de change et de transfert de fonds, 3 institutions de microfinance et 1 fonds étatique de financement des entreprises.

Aujourd’hui la panoplie de l’offre financière présente tous les types de produits et services financiers et a la prétention de répondre à toute forme de demande du marché local et sous-régional.

C’est donc tout naturellement qu’héberger la Première Conférence Africaine de la Finance Islamique à Djibouti est une fierté et une attente qui trouve satisfaction aujourd’hui.

En tant que pays africain et musulman d’une part et avec l’essor de la finance islamique d’autre part, Djibouti nourrit une ambition légitime d’être un hub financier régional. La tenue de cette première conférence constitue un jalon important qui contribue à la réalisation de cet objectif national.

Les banques islamiques djiboutiennes captent à présent 10% des dépôts et octroient 7% du volume total des concours. Malgré leur création récente elles, ont réussi à doubler leur part de marché en 5 ans d’existence.

Le dynamisme du secteur financier a permis d’améliorer le taux de pénétration des services financiers, en portant la bancarisation du public de 7 à 15% ces 3 dernières années. Mais dans le même temps, cet indicateur illustre combien le marché djiboutien reste encore vierge et disposé à accueillir de nouveaux projets financiers, notamment à caractère islamique.

La refonte du cadre légal et réglementaire du secteur financier a permis de redéfinir les normes en vigueur. Ainsi, les banques et l’assurance islamiques (takaful) sont régies par deux textes spécifiques adoptés récemment.

"Le chemin parcouru est encourageant, mais nous avons beaucoup à apprendre des expériences internationales et des experts éminents ici présents. Nous devons en particulier relever les capacités opérationnelles et techniques des instances de régulation et des opérations privées par la formation professionnelle", a fait savoir M. Djama Mahamoud Haïd.

Dans son allocution, le chef de l’Etat, M. Ismail Omar Guelleh, a précisé qu’ « au cours de ces dix dernières années, les gouvernements africains ont multiplié les initiatives pour faciliter la pénétration du système financier basé sur la Chari’a sur le plan local, tandis que sur le plan régional, cela demeure relativement circonscrit autours des pays membres de l’UEMOA.

En effet, 1% seulement du volume de la finance islamique mondiale est capté par l’Afrique sur un total de près de 1400 milliards de dollars. C’est dire combien cela reste en deçà des objectifs souhaités. Et à l’heure où les occidentaux s’éveillent à cette nouvelle manne que représentent les capitaux islamiques, ce serait une grande injustice que commettrait la finance islamique en ne priorisant pas l’Afrique parmi les récipiendaires.

C'est pourquoi, selon le président Guelleh, elle se doit d’être disponible pour l’Afrique tandis que cette dernière se doit de s’outiller en perspective et de mettre à jour son système. »

"Cette mise à jour, nous l’avons entreprise très tôt en ouvrant le secteur bancaire djiboutien, alors dominé par les banques conventionnelles, à des banques islamiques. Des ajustements fiscaux et réglementaires ont été effectués pour permettre à ces dernières d’opérer dans un cadre plus comparable avec les banques conventionnelles", a-t-il déclaré en substance.

"Aujourd’hui, grâce à ces séries de mesures, nous avons pu augmenter le taux de bancarisation de notre population en levant les obstacles moraux d’ordre confessionnel qui empêchaient certains de nos compatriotes à recourir aux services d’une banque traditionnelle. Nous avons, par là, amélioré le niveau d’épargne nationale, mais également contribué à abaisser le taux d’emprunts sur le marché de financement", a ajouté le président de la République, rappelant que le développement de la micro-finance grâce à l’action des banques islamiques djiboutiennes, qui ont permis le financement, à hauteur de plusieurs dizaines de millions de dollar, de nombreux microprojets.

"Les retombées économiques et sociales, a-t-il insisté, sont énormes pour le pays et le potentiel de développement du secteur de la finance islamique à Djibouti l’est davantage parce que, comme l’a si bien évoqué le Gouverneur de la Banque Centrale, Djibouti, c’est une porte d’entrée principale de l’Afrique de l’Est ; c’est l’accès privilégié à ce marché du COMESA fort de 450 millions de consommateurs ; c’est l’assurance qu’offre une stabilité politique et monétaire qui sous-tend à toute activité financière"

"Il est dit que l’un des premiers sens du mot charia est celui de "sillon", que celui-ci doit être droit et que l’homme qui le creuse doit être le premier bénéficiaire de la récolte qu’il portera. On est tous convaincu, qu’aussi loin que la finance islamique restera fidèle à ce principe de rectitude, les sillons qu’elle tracera dans nos économies porteront les germes de lendemains fructueux pour la grande Communauté des Hommes", a affirmé M. Ismail Omar Guelleh.

Le chef de l'Etat a tenu enfin à rendre "un hommage particulier à la Banque Islamique de Développement pour son l’action exemplaire à Djibouti et à travers tout le continent, et qui prête son assistance dans de nombreux domaines vitaux tels que la santé, l’éducation, mais également l’investissement et la micro-finance, qui demeure la pierre angulaire de notre politique de développement et de réduction de la pauvreté. »