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Previsions économiques

Les politiques d'austérité critiquées en Europe
2013-02-24 Le Monde

SINISTRES, DÉCEVANTES, alarmantes... les prévisions économiques de la Commission européenne, dévoilées vendredi 22 février, ont aussi un air de déjà-vu. « Cela me met en colère. On sait parfaitement que les politiques d'austérité ont un impact négatif sur la croissance !, s'emporte Charles Wyplosz, professeur d'économie internationale au Graduate Institute de Genève. A chaque fois c'est la même histoire, on commence par faire des pronostics optimistes en imaginant que la reprise viendra l'année suivante et puis, au bout de quelques mois, on dit «oups». »

Selon Bruxelles, la zone euro est condamnée à la récession cette année, avec un produit intérieur brut (PIB) en recul de 0,3 % (- 0,6 % en 2012). Plus du tiers des pays membres connaîtront une croissance négative. Parmi eux la Grèce (- 4,4 %), l'île de Chypre (- 3,5 %), le Portugal (- 1,9 %), l'Espagne (- 1,4 %) et l'Italie (- 1 %). Quant aux autres, c'est, pour la plupart, une croissance amorphe qui les attend, à l'image de la France (+ 0,1 %). Si ce n'est pas la récession, cela y ressemble beaucoup.

Il y a un an, la Commission imaginait la reprise en 2013 avec un PIB en hausse de 1,3 % (+ 1,4 % pour la France). Il faudra désormais attendre 2014 pour éventuellement sortir du marasme. A en croire Bruxelles, la croissance sera alors de 1,4 % pour la zone euro et seule Chypre verra son économie se contracter.

Sans remettre en cause ces calculs, nombre d'économistes sont circonspects. D'où viendra la croissance ? Des exportations ? En dépit de quelques signaux positifs, venus d'Espagne notamment, beaucoup pensent que cela pourrait ne pas suffire. « Les exportations, c'est l'Arlésienne », s'agace M. Wiplosz, décidément très remonté.

Ces chiffres déprimants pourraient toutefois avoir un autre effet, plus positif, en rendant les experts européens plus cléments. Car en Espagne, en Italie, au Portugal, comme en France, la colère monte contre les « apôtres de l'austérité » qui, dit-on, siègent à Bruxelles et imposent ces « purges » dont les bienfaits restent invisibles. Eux ne voient que le chômage qui ne cesse de progresser. Frappant 11,4 % de la population active de l'Union monétaire en 2012, il pourrait grimper jusqu'à 12,2 % cette année.

La Commission semble prendre la mesure du problème. Dans son rapport, elle observe qu'en dépit d'efforts les finances publiques continuent de déraper.

Au total, neuf pays de la zone euro sont hors des clous en 2013, affichant un déficit au-delà du niveau requis de 3 % du PIB. La France fait partie de ce groupe, mais elle n'est pas la seule. Même les Pays-Bas, pourtant rarement accusés de laxisme budgétaire afficheront un déficit de 3,6 % cette année.

Mais le gros problème, c'est l'Espagne, avec un déficit attendu à 6,5 % en 2013, après 10,2 % en 2012. Pourtant, Madrid n'a pas ménagé sa peine, avec l'annonce de plans d'économies de plus de 125 milliards d'euros depuis 2010. La récession et le chômage (26,9 % en 2013) ont rendu la plupart des mesures prises par Madrid inefficaces. Faut-il l'en blâmer ?

Bruxelles semble maintenant embarrassé, devant composer entre une crédibilité à préserver, des marchés à rassurer et des populations à ménager.

Le mot d'ordre est désormais d'agir au cas par cas. Olli Rehn, le commissaire européen aux affaires économiques, veut gérer la situation avec doigté, accordant ici un allongement des délais ou réclamant là plus d'efforts si nécessaire.

Autrement dit, un pays comme le Portugal qui, depuis le plan d'aide accordé en 2011, n'a jamais obtenu que des satisfecit de la part de la « troïka » - ses bailleurs de fonds composés du Fonds monétaire international (FMI), de la Commission européenne et de la Banque centrale européenne (BCE) -, a toutes les chances de voir sa demande exaucée. A savoir obtenir un an de plus pour remplir ses objectifs.

« Les Portugais n'en peuvent plus. Nous sommes au bord d'une tragédie sociale. Il est temps de dire «assez» », a plaidé dans un courrier à la troïka le secrétaire général du Parti socialiste portugais, Antonio José Seguro.

Bruxelles n'a pas encore rendu sa décision. Mais Sylvain Broyer, économiste chez Natixis, en est sûr : « Le temps est venu pour une consolidation [une réduction des déficits et de la dette] intelligente et flexible. » C'est, à ses yeux, l'esprit du nouveau traité de permettre, en cas de récession, de différer les restrictions budgétaires.