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BOAD

La crise de la quarantaine
2013-12-03 Jeune Afrique

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Censée soutenir les économies de ses huit États membres, la Banque ouest-africaine de développement doit se restructurer. Et chercher de nouvelles sources de financement.

Le 40e anniversaire de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), célébré mi-novembre à Lomé, au Togo, a levé un coin de voile sur les faiblesses de l'institution. Portée sur les fonts baptismaux le 14 novembre 1973, avec un capital d'environ 2,4 milliards de F CFA, cette banque - censée financer le développement des huit pays membres de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) - n'est devenue opérationnelle qu'en 1976. Depuis, elle a injecté 2 800 milliards de F CFA environ (4,27 milliards d'euros) dans la sous-région. Bilan : 700 projets réalisés, dont 60 % au niveau national et 40 % visant à renforcer l'intégration régionale. Elle a ainsi participé au financement de la route qui relie le Ghana au Bénin en passant par le Togo.

Mais ce n'est qu'à partir de 2008 que la BOAD a commencé à s'imposer vraiment, notamment grâce à un plan stratégique 2009-2013 destiné à en faire un outil de financement BOAD info

Cliquez sur l'image. efficace des infrastructures de base, du secteur agricole et de projets environnementaux.

De fait, fin 2012, la BOAD - qui a doublé son capital en 2010, à 1 050 milliards de F CFA - a multiplié par quatre le volume annuel de ses engagements, qui est passé de 98 à 446 milliards de F CFA. Et sur la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), l'institution s'est hissée au rang de première émettrice non souveraine avec 572 milliards de F CFA mobilisés entre 2008 et 2012.

"La BOAD est un bon outil de développement, qui vise loin et ambitionne d'offrir de l'énergie à bas coût à plus de 85 % de la population de la sous-région qui n'y a pas accès", explique Madani M. Tall, le directeur des opérations de la Banque mondiale pour la Côte d'Ivoire, le Togo, le Bénin et le Burkina Faso.

L'institution consacre ses financements en priorité à la sécurité alimentaire et à l'énergétique durable, à la lutte contre le changement climatique, au renforcement des infrastructures de transport et à la promotion de l'intégration économique. Comparée à sa consoeur, la Banque de développement des États de l'Afrique centrale (BDEAC), elle est considérée comme une réussite.

Dépendance

Malgré ses bons points, la BOAD demeure assez fragile et limitée dans son rôle de vecteur de développement régional. Les lenteurs dans le traitement des dossiers de crédit retardent l'exécution des projets. Surtout, depuis la crise de 2008, la banque a vu sa capacité de financement diminuer, faisant obstacle à sa volonté d'accompagner les États membres dans leur conquête de l'émergence, d'ici à vingt ans.

"Aujourd'hui, l'institution reste très dépendante de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), son actionnaire de référence, qui lui a octroyé des fonds provenant d'intérêts n'ayant pas été reversés aux États, confie un économiste. Il faudrait remodeler sa gouvernance, par exemple en créant un second poste de vice-président." Yves Charpentier, administrateur de la BOAD pour l'État français, explique : "Son modèle doit être repensé pour lui permettre d'accéder aux ressources financières à taux concessionnel [taux bas] auprès d'investisseurs externes et internes. Sa forte dépendance à l'égard de l'Agence française de développement [AFD] pourrait devenir un handicap."

Critiques

L'institution accorde des crédits à court terme au secteur privé, un rôle dévolu normalement aux banques commerciales de la région. "Des prêts qui sont parfois consentis sans tenir compte des risques. La BOAD doit renforcer sa collaboration avec le secteur bancaire privé", soupire un banquier sénégalais.

Consciente des critiques, elle a entrepris d'ouvrir son capital et d'accueillir de nouveaux investisseurs privés africains, mais aussi certains pays comme l'Afrique du Sud, l'Angola ou le Brésil. L'objectif étant de capter des ressources importantes. L'entrée du Maroc, à hauteur de 0,01 %, reste marginale. "Les ressources financières mobilisables deviennent rares. Le marché des capitaux est très limité au niveau régional. Dès 2014, nous nous orienterons vers les places financières internationales pour mobiliser des fonds supplémentaires", reconnaît Christian Adovelande, le président de la BOAD.

Pour franchir cette étape, l'institution veut obtenir la notation d'agences telles que Fitch ou Standard & Poor's afin d'évaluer son risque-crédit. Si les besoins réels de la région n'excèdent pas 3 000 milliards de F CFA par an, l'institution n'en propose que 500 milliards - une goutte d'eau pour d'aussi grandes ambitions.