Croissance économique mondiale

Bilan économique mondial mi-2013
2013-08-08 L'Economiste

Le monde évolue dans un contexte de croissance très peu dynamique, où le potentiel de rebond à court terme est très restreint, et où il n'y a pas de facteur unique qui apparaît comme pouvoir enclencher un phénomène d'entraînement généralisé.

Dans les trois plus grandes zones économiques du monde, la croissance est très réduite.

  • Les Etats-Unis connaissent une reprise en demi-teinte. Le pays va probablement enregistrer une croissance légèrement inférieure à +2% sur l'ensemble du premier semestre 2013 du fait d'une consommation réduite, d'investissements qui stagnent et de l'Etat qui continue à réduire ses dépenses. L'ensemble n'augure pas d'une accélération de la croissance américaine pour la suite de l'année. Dans ce cadre, les déclarations officielles de la FED (Banque centrale américaine) qui s'attend à une croissance économique de +2,45% d'ici fin 2013, paraissent trop optimistes.
  • Le ralentissement économique de la Chine se confirme. La croissance économique devrait être légèrement inférieure à +7,5% sur le premier semestre et proche +7% sur l'ensemble de l'année. Le ralentissement vient du fait que l'économie chinoise est de plus en plus contrainte. Dès lors, le pays va devoir se réinventer en partie et devra également mieux réguler son système financier sur lequel apparaissent des signes de tensions potentiellement problématiques.
  • Enfin, en Europe, la croissance sera très probablement inférieure à 0% au premier semestre (récession), et le second semestre devrait à peine être meilleur avec une croissance environnant les 0%.

Les pays émergents vont pâtir de cette situation. En effet, quand auparavant il y avait toujours au moins une des trois zones qui pouvait tirer la croissance économique mondiale, plus aucune n'est susceptible de le faire. Les modèles économiques des pays émergents sont souvent basés sur les exportations destinées aux grandes zones économiques (produits manufacturiers vers l'Europe et les Etats-Unis, et matières premières vers la Chine). Si ces trois zones diminuent leurs importations, alors les pays émergents vont subir un ralentissement de leur croissance. A ce titre, le FMI (Fonds Monétaire International) a récemment revu ses prévisions de croissance mondiale à la baisse pour 2013, passant de +3,3% à +3,1%. L'ajustement renvoie essentiellement au ralentissement observé dans les pays émergents, quand jusqu'à maintenant ils étaient les pays qui permettaient d'avoir une croissance mondiale moyenne plus élevée.

Plusieurs raisons viennent expliquer le fait que les pays émergents n'enregistrent pas une meilleure croissance. Tout d'abord, ces derniers pâtissent d'un commerce international faible qui entraîne des problèmes de débouchés pour leurs exportations. Ensuite, la Chine ne permet plus d'écouler l'essentiel des exportations en matières premières des pays émergents. Enfin, les annonces de la FED quant à son changement de stratégie ont modifié les anticipations des investisseurs. Le résultat a été une sortie des capitaux des pays émergents qui reviennent progressivement aux Etats-Unis. Tout cela a eu pour effet de fragiliser les pays émergents qui dépendent fortement de ces investissements pour se développer.

Des marchés financiers qui se portent mieux

La raison principale de ce regain de "santé" des marchés financiers est liée aux politiques monétaires menées. En effet, les principales banques centrales mondiales (FED aux Etats-Unis, BoJ au Japon, BCE en Europe, BoE en Angleterre) développent des politiques monétaires très accommodantes et maintiennent ainsi des taux d'intérêts très bas. Les marchés anticipent que ces différentes politiques permettront de retrouver un rythme de croissance plus élevé et stable à l'avenir, et qu'ainsi les entreprises en bénéficieront et donc l'économie dans son ensemble.

La recherche du rendement dans un environnement de taux faibles incite à investir dans les actions. En effet, les politiques monétaires accommodantes ont comme effet, entre autres, d'entraîner des rendements très bas sur les obligations d'Etat, à fortiori si l'inflation est prise en compte. Dès lors, la recherche d'actifs plus rémunérateurs s'inscrit dans un schéma global habituel et c'est tout naturellement que les investisseurs se portent sur les actions qui offrent des rendements supérieurs. A cela, il convient d'ajouter les propos du Président de la FED en juin dernier qui a annoncé son intention de ralentir, avant éventuellement de l'interrompre totalement dans un second temps, son programme d'achat d'actifs. L'effet a été de faire évoluer les arbitrages des investisseurs car les taux à long terme (hors inflation) ont augmenté.

Toutefois, la FED s'interroge sur le moment et le rythme le plus adéquat pour mettre en place cette stratégie. Dès lors, la situation est un peu confuse sur le marché action où les perspectives sont incertaines. Les opérateurs sont quelque peu dans l'expectative. Au final, la situation est une hausse relativement sensible des taux aux Etats-Unis et de façon un peu moins marquée en Europe.

Des perspectives fortement conditionnées

L'économie mondiale au second semestre 2013 sera extrêmement dépendante de l'évolution de la stratégie de la FED. En effet, la croissance restera très probablement très faible et les politiques monétaires en Europe (BCE en Zone Euro et BoE en Angleterre) maintiendront des taux d'intérêts très bas, au moins jusqu'à fin 2014, voire 2015. Dans ce cadre, le seul élément susceptible de venir sensiblement faire évoluer la donne mondiale de façon significative et dans un temps court est l'évolution de la politique monétaire américaine.

Les Etats-Unis vont probablement faire évoluer leur politique monétaire. Un sondage effectué auprès d'économistes influents indique que trois quarts du panel interrogé prévoit une inflexion de la politique monétaire américaine. Si ce sondage n'a pas valeur scientifique, il a le mérite de souligner le climat qui règne quant à cette possibilité. La FED devrait en effet commencer à diminuer son programme de rachat d'actifs à la rentrée (fin septembre ou mi-octobre) afin de maintenir sa crédibilité quant à ses propos initiaux. Toutefois, la pérennité de ce programme sera probablement très dépendant des prochaines statistiques macroéconomiques qui émergeront. A ce moment-là, la FED pourra éventuellement infléchir cette politique en disant en substance qu'elle s'adapte à une situation qui s'avère finalement moins bonne qu'escomptée, et qu'il est par conséquent trop tôt pour arrêter une politique monétaire accommodante.

Enfin, un élément plus politique pourrait aussi avoir son importance. En effet, la date du début probable du changement de stratégie de la FED correspond plus ou moins à la date des prochaines élections allemande. L'Allemagne verra alors l'élection d'un nouveau chancelier (ou la confirmation probable de l'actuelle chancelière Merkel), ce qui pourrait également marquer une évolution nouvelle dans la dynamique européenne à plus d'un titre.