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Deflation

L’ogre « déflation » rôde autour de la reprise
2014-01-18 Le Monde

Christine

Ce n'est pas à la légère que Christine Lagarde, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), a interpellé, mercredi 15 janvier, les décideurs économiques mondiaux sur les « risques croissants de déflation qui pourraient être désastreux pour la reprise » qui s'affirme timidement dans les pays industrialisés. Appelant à une mobilisation contre cette menace – celle d'une spirale de baisse des prix et des salaires, dont il est très difficile de s'extirper –, Mme Lagarde a qualifié la déflation d'« ogre qui doit être combattu ».

Les chiffres publiés le lendemain par l'office européen des statistiques Eurostat ont apporté de l'eau à son moulin. Sortant à peine de la récession, la zone euro apparaît comme la plus menacée : la hausse des prix s'est limitée sur un an à + 0,8 % en décembre 2013 (contre + 2,2 % un an plus tôt). La Grèce (– 1,8 %), Chypre (– 0,3 %), la Bulgarie (– 0,9 %) ou la Lettonie (– 0,4 %) subissent des baisses de prix tandis que l'inflation est proche de zéro au Portugal (+ 0,2 %), en Espagne ou en Irlande (+ 0,3 %).

« MALAISE SOCIAL »

Si certains de ces pays – comme le Portugal ou l'Espagne – ont pu, ces derniers temps, émettre des emprunts d'Etat sur les marchés financiers à des taux d'intérêt qui se sont détendus, voire annoncer leur sortie des plans de soutien financiers européens, le coût réel de leur refinancement empêche encore la réduction de la dette.

Leurs taux « réels » restent en effet trop élevés et leur croissance trop faible pour permettre un processus de désendettement. Ce qui pourrait étouffer la reprise. L'Irlande a levé, le 7 janvier, 3,75 milliards d'euros sur le marché obligataire à dix ans à 3,54 %, soit un taux « réel » de plus de 3 %. Par comparaison, l'Allemagne emprunte à un taux réel presque nul, proche de son taux d'inflation (1,3 %).

En Irlande, le taux de chômage dépasse les 12 % de la population active et « pour conserver sa compétitivité à l'international, élément-clé qui a conféré au pays sa réputation de tigre celtique, les firmes nationales ont dû procéder à des dévaluations internes. Les salaires ont au mieux stagné, au pire reculé de plus ou moins 12 % en fonction des secteurs », note Anthony Benhamou, économiste du cabinet ACDEFI, qui y relève un « malaise social » et une « émigration de masse ». Selon les chiffres du Central Statistic Office, environ 400 000 personnes auraient quitté le pays depuis 2008.

MESURES EXCEPTIONNELLES

Dans une note publiée le 17 janvier, Richard Barwell et Xinying Chen, analystes de RBS, estiment également que le risque d'entrée en déflation de l'Italie (+ 0,7 % de hausse des prix en décembre 2013 sur un an) augmente, même si la reprise économique espérée devrait lui permettre de l'éviter.

La zone euro marche le long d'un précipice. Les prix industriels n'y ont augmenté que de 0,3 % sur un an en décembre 2013. Et la tendance de l'inflation globale devrait rester sous le rythme annuel de 1 % jusqu'à la fin du premier trimestre 2014, selon une note de Barclays publiée vendredi.

Le malaise s'installe. Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, pourrait devoir prendre des mesures exceptionnelles pour y faire face, comme il l'avait laissé entrevoir en début d'année. Pour l'heure, les indicateurs publiés cette semaine, plus rassurants sur ce point aux Etats-Unis et au Japon, ont eu le mérite de prévenir un renchérissement de l'euro. Mais prenons garde : l'ogre rôde.