Russie

La Russie se prépare à une sombre année économique
2014-03-27 Les Echos

Russie

Pratiquement chaque jour apporte son lot de nouvelles préoccupantes ou de menaces pour l'économie russe. Après le ministère russe de l'Economie annonçant, lundi, une fuite des capitaux record au premier trimestre, à 65 milliards de dollars, soit autant que toute l'année 2013, cela a été au tour hier de la Banque mondiale de jouer les Cassandre. Elle a averti dans son rapport trimestriel que si le conflit avec l'Ukraine s'aggravait, « cela pourrait détériorer encore la confiance des hommes d'affaires et des consommateurs et accroître la volatilité du marché, affaiblissant les perspectives pour la croissance ». La Banque mondiale a en conséquence élaboré deux scénarios pour la suite. Le premier prévoit, si la crise suscitée par l'annexion de la Crimée se résout pacifiquement, une croissance de 1,1 % de l'économie russe en 2014, deux fois moins que prévu auparavant. Les instituts de conjoncture prévoient même pour leur part une croissance inférieure à 1 % en raison de l'isolement international de la Russie que l'annexion de la Crimée a entraîné.

Guerre des nerfs Le deuxième scénario dit « d'intensification des tensions politiques », sans autre précision, table sur un « choc plus sévère ». Le PIB reculerait de 1,8 % cette année et de 2,1 % en 2015, un choc équivalent à celui subit lors de la crise financière mondiale de 2009. Ce scénario « noir » est en fait presque « rose », car il ne tient pas compte de sanctions commerciales éventuelles, dont Barack Obama a brandi la menace ces derniers jours si la Russie envahissait l'Ukraine orientale. Washington n'a pas précisé quelles seraient ces sanctions, empêchant la Banque mondiale de plancher dessus, mais elles entraîneraient vraisemblablement un choc de confiance supplémentaire, dans un contexte au demeurant très dégradé. Avant même la crise en Ukraine, l'économie russe était anémiée en raison de l'érosion de la confiance des investisseurs locaux et internationaux pour cause d'absence de réformes structurelles et d'incertitudes sur le droit de propriété ces dernières années. Pour sa part, la Russie continuait hier de jouer avec les nerfs de ses interlocuteurs. Le Pentagone a indiqué que Moscou continuait d'accroître le nombre de ses soldats le long de la frontière ukrainienne, alors que le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, affirmait le contraire il y a quelques jours. Le Pentagone souligne que des unités nécessaires pour une offensive, fortes de 20.000 soldats, sont actuellement massées le long de a frontière. Hier soir, la presse ukrainienne affirmait, vidéos à l'appui, qu'une douzaine de chars de la 4e division blindée de Kantemirovskaya, un des corps d'élite de l'armée russe, s'était approchée à 10 kilomètres de la frontière ukrainienne, au sud-ouest de la ville russe de Briansk. Ils seraient appuyés par 25 hélicoptères Mig 24 et des éléments de la 76e division parachutistes et de la 2e division motorisée. Yves Bourdillon