Allocution prononcée par le Gouverneur PI

Conférence de presse du Gouverneur de la Banque Centrale de Djibouti - Assemblées Annuelles 2014
2014-04-12 Banque Mondiale et F.M.I. - WASHINGTON DC, 10 - 13 avril 2014

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En premier lieu, il convient de vous remercier pour cette interview qui permettra de mettre en lumière la République de Djibouti, petit pays par la taille avec des atouts géostratégiques de premier ordre. Et pour ceux qui n'arrivent pas à situer mon pays, la République de Djibouti se situe en Afrique de l'Est, dans le golfe d'Aden à l'embouchure de la Mer Rouge avec comme voisins, la Somalie, l'Ethiopie, le Yémen et l'Érythrée.

Ce point de géographie étant énoncé, j'aimerais revenir sur les derniers développements économiques enregistrés par la République de Djibouti. Les agrégats macroéconomiques en 2013 ont mis en valeur une augmentation du PIB réel de près de 5% en 2013 grâce à l’expansion des activités dans les secteurs des transports portuaires, des télécommunications et de la relance du secteur des bâtiments et travaux publics. La relance des investissements tant publics que privés tirés par un niveau d’Investissements directs étrangers (IDE) exceptionnel (en hausse de 160% par rapport à 2012) a contribué positivement à soutenir la croissance de l’économie.

L’inflation a baissé à 2.5% de 2013, contre 3.7% en 2012 avec la stabilisation des prix des denrées alimentaires importées. Le compte courant de la balance des paiements s’est fortement dégradé à fin 2013 avec un déficit de 23.9% contre 12.3% du Produit intérieur brut (PIB) en 2012 reflétant le creusement du déficit de la balance commerciale par rapport à 2012 (du fait des niveaux élevés des importations liés aux programmes d’investissements en cours). Le solde budgétaire sur base engagements a enregistré un déficit de 0,2 % du PIB (hors recettes de privatisation) en 2013 contre 2.7% en 2012 en raison d'un meilleur recouvrement des recettes et d'une plus grande maîtrise des dépenses publiques.

Les perspectives de croissance et d’inflation en 2014 restent particulièrement encourageantes avec une croissance du PIB réel projetée à 5.5% consécutive à la mise en œuvre de grands projets d’infrastructures économiques et une inflation qui devrait être jugulée à 3%. Les investissements publics seront accompagnés par une augmentation importante des flux d’IDE de l’ordre de 14% en 2014 qui iront vers l’expansion des infrastructures de transport et de tourisme. Après ce bref aperçu sur la situation économique nationale, il convient de souligner que ces résultats ont pu être obtenus grâce aux actions menées par les autorités djiboutiennes et à l'appui des partenaires au développement et plus particulièrement des institutions de Bretton Woods.

En effet, la République de Djibouti a bénéficié de 2008 à 2013 d'un programme appuyé par le FMI qui a permis de maintenir la stabilité macroéconomique, de favoriser la création d'emplois malgré un taux de chômage qui demeure encore trop élevé et la réduction de la pauvreté. La compétitivité de l'économie s'est ainsi retrouvée renforcée grâce aux réformes structurelles engagées par le Gouvernement et l'amélioration du climat des affaires. Toutefois, les défis restent nombreux pour promouvoir le développement du secteur privé.

La performance budgétaire globale a été satisfaisante dans l'ensemble même si des tensions budgétaires ont persisté, bien souvent liées à des chocs exogènes. Ainsi, si tous les pays ont été affectés, à différents degrés, par la crise économique et financière de 2008, qui perdurent de nos jours, les pays en voie de développement ont également été touchés par les crises alimentaires récurrentes et par la flambée des prix des hydrocarbures. A ceci, il convient d'ajouter la sécheresse qui affecte l'Afrique de l'Est et qui touche également la République de Djibouti. Tout ceci étant dit, non pas pour noircir le tableau mais pour souligner que les résultats macroéconomiques que nous avons obtenus ont été réalisés dans un contexte relativement difficile ces dernières années. L'Afrique a connu ces dernières années des taux de croissance de 5% par an en moyenne, ce qui en fait, en termes de croissance économique, la deuxième région du monde après l'Asie. Le potentiel de l'Afrique est énorme et beaucoup d'experts prédisent que le 21ème siècle sera Africain. Mais pour que ce 21ème siècle soit effectivement Africain, il convient de prendre les dispositions nécessaires et de mettre en œuvre une véritable intégration régionale et continentale. L'intégration régionale, c'est le choix qui a été effectué par les autorités nationales dans une région qui, malheureusement reste particulièrement tourmentėe par les affres de la guerre. Pour la République de Djibouti, l'intégration régionale passe par un partenariat avec l'Ethiopie en attendant que la Somalie réintègre pleinement le concert des Nations. Malgré nos moyens limités, nous participons d'ailleurs aux efforts de la communauté internationale afin de restaurer un État de droit en Somalie et nous en avons d'ailleurs payé un lourd tribut. Mes pensées vont à nos soldats et aux familles de ceux qui ont été tués en mars dernier par les Shebab somaliens.

Pour revenir sur le volet du développement économique, la République de Djibouti, de par sa position géostratégique, ambitionne de devenir une plateforme de services commerciaux, logistiques et financiers pour la région du golfe d’Aden et celle des Grands Lacs. Les autorités ont ainsi engagé d’importants projets d’intégration régionale portant sur le développement des infrastructures portuaires, ferroviaires et routières et destinés à faciliter l’accès aux marchés de la région et accroître les échanges commerciaux. Des financements ont ainsi été mobilisés pour la construction des routes reliant Djibouti à l'Ethiopie, la construction de deux nouvelles lignes de chemin de fer qui relieront Djibouti à l’Ethiopie, la mise œuvre du projet transfrontalier d’adduction d’eau potable entre l’Ethiopie et Djibouti ainsi que pour la construction de quatre ports nouveaux.

La République de Djibouti possède déjà 3 ports opérationnels et deux nouveaux ports sont actuellement en construction ce qui porterait à 5 les infrastructures portuaires dès 2015. Deux autres ports sont en pipeline ainsi que le développement d’une nouvelle zone franche à Djaban’as qui viendra compléter la zone franche de Djibouti déjà opérationnelle, gérée par l'Autorité des Ports et de la Zone Franche. Dans le secteur des Télécommunications, la République de Djibouti joue un rôle important dans la connectivité de l'Afrique de l'Est avec le reste du monde et 6 câbles sous-marins relient Djibouti avec le reste du monde. Deux nouveaux câbles sont en projet et les ressources financières sont en voie de mobilisation. Ces infrastructures de télécommunications permettront d'exploiter pleinement les câbles terrestres avec l'Ethiopie qui sont au nombre de 4 et la fibre optique réalisée sur financement privé qui reliera en mai 2014 Djibouti avec la Somalie. La croissance de l’économie de Djibouti a été tirée principalement par un programme d'investissements publics ambitieux, par le développement rapide du secteur bancaire que je représente, aux investissements privés domestiques et par l’afflux des investissements étrangers privés. L’attractivité de ces investissements dépend cependant de la compétitivité de l’économie qui reste toujours handicapée par le coût élevé des facteurs de production et les faiblesses liées au climat des affaires.

Des réformes ont été engagées par le Gouvernement dans le secteur de l’énergie et de l’eau et se poursuivent toujours. En effet, l’opérationnalisation de l’interconnexion électrique avec l’Ethiopie a permis l'approvisionnement en énergie à faible coût et la réduction des tarifs de l’électricité pour les ménages pauvres. Une baisse des tarifs de 30% a eu lieu en 2012 et une seconde baisse des tarifs de l'Electricité de 17% a été adoptée par le Gouvernement le 24 mars dernier. Enfin, les autorités prévoient à terme d’exploiter pleinement les ressources géothermiques dont dispose le pays et de construire une centrale géothermique de 50 MW dans la région du lac Assal à 80 kilomètres de la ville de Djibouti. Parmi les projets en pipeline, figure également la construction d’une seconde ligne d’interconnexion électrique afin de sécuriser l’approvisionnement en énergie hydraulique du pays ainsi que d’une nouvelle centrale éolienne d’une capacité de 60 MW, qui s’inscrit dans le cadre du programme de développement énergétique national. La réduction du cout de l’électricité constituera un facteur important pour réduire les coûts de production à Djibouti, améliorer la compétitivité des entreprises et encourager l’émergence d’un tissu industriel basé sur les PME. En outre, cette réduction des coûts des facteurs énergétiques accompagnera la transition énergétique mise en œuvre par les autorités et la République de Djibouti devrait être une économie verte à l'horizon 2020.

Pour autant et malgré les efforts réalisés, pour que le 21ème siècle soit le siècle de l'Afrique et pour que Djibouti puisse trouver sa place dans ce processus de développement, il convient de combler davantage le déficit des infrastructures dont souffre l'Afrique et d'appeler la communauté internationale et le secteur privé afin d'investir massivement sur le continent Africain et à Djibouti.

Merci de votre attention et je demeure disponible pour tout éclaircissement que vous souhaiteriez avoir.