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Les pays du G20 se divisent sur les stratégies de croissance
2014-04-14 Le Monde

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Joe Hockey, ministre des finances de l'Australie, à Washington, le 11 avril. Ce pays assure la présidence du G20 en 2014 et accueillera le sommet des chefs d'Etat et de gouvernement, en novembre, à Brisbane. | ROD LAMKEY JR./AFP

La croissance aura été le maître mot des assemblées générales du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale ainsi que du G20 finances, qui viennent de s'achever ce week-end à Washington.

Si une certaine confiance s'est manifestée dans la capacité de l'économie mondiale à retrouver son dynamisme, les pays du G20 sont apparus divisés, vendredi 11 avril, sur les stratégies à mettre en œuvre pour atteindre l'objectif fixé en février à Sydney : rehausser de 2 points de produit intérieur brut (PIB) la croissance mondiale à l'horizon de cinq ans.

« Le compte n'y est pas », admettait-on samedi 12 avril de source proche de la délégation française. Les différents pays membres du G20, qui représentent 85 % du PIB mondial, plus de 75 % du commerce international et les deux tiers de la population de la planète, « se sont toutefois engagés d'ici au sommet de Brisbane à la mi-novembre à pousser les feux et à faire des propositions plus importantes en matière de croissance et de réformes structurelles », ajoutait-on de même source.

Si le climat ayant présidé aux réunions a été jugé « serein et apaisé », les divergences sont apparues au grand jour avec la « sortie » de Joe Hockey, le ministre des finances australien.

« Certains pays ont avancé des propositions réchauffées et inadéquates », a déploré, à la télévision, cette figure du gouvernement libéral de Tony Abbott, assurant que des réformes structurelles « impopulaires » s'imposeraient, notamment en termes de concurrence et de « dérégulation ».

Les propositions mises sur la table pour l'instant « sont inacceptables et elles ne représentent que 10 % de notre objectif », a déploré M. Hockey.

UN SOMMET À BRISBANE EN NOVEMBRE

L'Australie tient à ce que sa présidence du G20 soit marquée par des avancées « tangibles » et « concrètes ». Une nouvelle réunion des grands argentiers est prévue en septembre avant le sommet des chefs d'Etat et de gouvernement des 15 et 16 novembre à Brisbane.

Les discussions de Washington ont laissé apparaître des points de désaccord importants entre les pays les plus libéraux (Australie, Royaume-Uni, Allemagne), acquis à une politique de l'offre, et des pays comme le Brésil, soucieux de se préoccuper de la demande.

Il n'est pas sûr que l'intervention du chancelier de l'Echiquier britannique, George Osborne, ait été très appréciée : « Le besoin de réformes structurelles est commun à toutes les économies », a-t-il observé, avant de sommer les pays émergents de « fortifier leurs fondamentaux ».

En dépit de ces moments de friction, le G20 n'a pas dégénéré en affrontement entre pays avancés et émergents. La question bancaire – faut-il un deuxième ratio de solvabilité pour les banques « too big to fail » (trop gros pour défaillir), comme le pensent les Etats-Unis ? – a été évoquée, sans être tranchée.

Les membres du G20, contrairement à ce que souhaitait l'Australie, semblent partisans de continuer à travailler sur la régulation financière, le secrétaire américain au Trésor, Jack Lew faisant remarquer que les risques pesant sur la stabilité financière sont évolutifs.

LA RÉFORME DU FMI

Le blocage de la réforme de gouvernance du FMI, censée doubler les ressources de l'organisation et accroître la représentativité des grands émergents, reste un sujet de fâcherie entre les Etats-Unis et le reste du monde.

Le Comité monétaire et financier international du FMI (CMFI) a « pressé » l'administration Obama d'intervenir pour convaincre les Républicains du Congrès de voter la réforme.

Les Etats-Unis ont jusqu'à l'automne – après les élections de mi-mandat – pour aboutir. Faute de quoi, les partisans d'une réforme découplant la question des finances de celle de la place des grands émergents au sein du FMI, devraient faire entendre leurs voix.