Finance Islamique

la course au halal est lancée au Maroc
2014-04-11 Jeune Afrique

La finance islamique sera bientôt légale au Maroc. En attendant le vote de la loi qui l'encadrera, les établissements se hâtent d'investir cette niche.

Après Attijariwafa Bank, qui a lancé en 2010 sa filiale Dar Assafaa, c'est au tour de BCP et de BMCE Bank de s'engager sur la voie du halal. Les deux banques ont annoncé à une semaine d'intervalle la création prochaine de structures spécialisées dans les services financiers conformes à la charia. "Ce lancement survient en prévision de l'adoption d'une nouvelle loi autorisant l'exercice des banques islamiques au Maroc", précise Brahim Benjelloun-Touimi, directeur général délégué de BMCE Bank.

Ordre de bataille

Le texte de loi, préparé par la Banque centrale, a été validé par le Conseil de gouvernement en janvier et n'attend plus que l'approbation du Parlement. En attendant, les établissements du royaume se mettent en ordre de bataille pour occuper cette nouvelle niche que l'on dit très porteuse.

Soucieux de ne rien laisser au hasard, ils comptent s'appuyer sur des partenaires. BCP s'alliera ainsi à une banque du Golfe opérant au Moyen-Orient, en Asie et aux États-Unis, qui apportera l'expertise métier, et à un autre partenaire, institutionnel. "Nous nous sommes préparés pour pouvoir déposer notre demande d'agrément dès la promulgation de la loi", confie Laidi El Wardi.

Même tendance chez BMCE, qui s'associera à une grande banque islamique du Moyen-Orient. "Nous ne pouvons pas communiquer sur ce partenariat tant que nous n'avons pas le feu vert des autorités monétaires. Mais ce qui est sûr, c'est que BMCE détiendra la majorité du capital de cette entité", signale Brahim Benjelloun-Touimi.

Pureté

Ces filiales islamiques auront, comme le prévoit la future loi, un statut de banque à part entière. Autorisées à collecter des dépôts et à les gérer de manière conforme à la charia, elles devront aussi proposer des crédits aux entreprises et aux particuliers. Des financements d'un genre nouveau : l'établissement ne facture pas d'intérêts mais s'associe aux risques encourus par le client.

Les normes de la finance islamique régissent également la constitution du capital : ce dernier ne doit pas être issu d'activités non conformes à la charia. Quand le groupe Attijariwafa Bank a lancé Dar Assafaa, il a ainsi doté sa filiale d'un capital de départ de 50 millions de dirhams (4,5 millions d'euros), provenant exclusivement des dividendes tirés du sidérurgiste Sonasid et d'Attijari Finances Corp, la banque d'affaires du groupe, deux activités jugées halal. BCP et BMCE se conformeront également à cette règle de "pureté" des fonds propres.

Convictions

Introduites pour répondre à une nouvelle demande du marché et pour attirer les capitaux du Golfe, les banques islamiques - que le texte de loi nomme banques participatives - semblent promises à un avenir radieux. Au Maroc, le taux de bancarisation n'est que de 56 % car une large part de la population juge le circuit financier classique non conforme à ses convictions religieuses. Des clients potentiels qui pourraient être séduits par les nouveaux établissements.

Mais ces derniers pourraient aussi attirer des Marocains disposant déjà de comptes bancaires. "Les sondages montrent que plus de 30 % des personnes bancarisées sont prêtes à migrer vers la banque participative. Mais il ne s'agit là que d'intentions, la réalité sera probablement en deçà de ce chiffre. Et la cannibalisation affectera probablement plus les crédits que les dépôts", nuance Laidi El Wardi, de BCP.

Youssef Baghdadi, président du directoire de Dar Assafaa, connaît bien ce phénomène. Après seulement trois ans d'activité, et avant même qu'un cadre réglementaire précis existe, la filiale d'Attijariwafa Bank compte 2 000 clients, pour un encours de crédit de plus de 800 millions de dirhams à fin 2013. "Tous avaient déjà des comptes dans d'autres banques. Ce mouvement de migration va s'accélérer avec l'entrée en vigueur de la nouvelle loi, mais je ne m'attends pas à un tsunami. Dans des pays comme la Turquie ou la Jordanie, la part de marché du circuit islamique ne dépasse pas 10 %. À moyen et à long terme, elle devrait se situer au même niveau chez nous", explique-t-il.

Même son de cloche du côté de BCP : "Dans tous les sondages d'opinion réalisés récemment, près de 80 % de nos concitoyens ont exprimé un intérêt très fort pour les offres de ce type. D'un point de vue stratégique, nous devons donc leur apporter des solutions adaptées à leurs besoins", souligne Laidi El Wardi, directeur général de la banque de détail et des Marocains du monde chez BCP.