FMI

Le FMI s’inquiète d’une croissance mondiale trop faible
2014-04-08 Les Echos

Dans ses perspectives économiques mondiales, le FMI s’alarme d’une croissance trop lente et trop faible. En particulier, dans la zone euro qui fait face à de sérieux risques de déflation. La BCE doit agir en conséquence.

Christine Lagarde, la directrice générale du Fonds Monétaire International (FMI) l’avait laissé entendre la semaine dernière à Washington devant la School of Advanced International Studies. « La croissance globale demeure trop lente et trop faible » avait-elle souligné. En publiant ses nouvelles prévisions, quelques jours avant la tenue dans la capitale fédérale américaine de son assemblée de printemps, le FMI a très légèrement revu à la baisse (un dixième de point) son pronostic par rapport à ses estimations de janvier. Dans son rapport sur « les perspectives économiques mondiale », l’institution multilatérale estime que la croissance mondiale devrait s’établir à 3,6 % cette année avant de se raffermir à 3,9 % l’année prochaine. La moindre croissance des pays émergents dans leur ensemble et la faiblesse conjoncturelle européenne expliquent ce très léger recul. Certes, par rapport à 2013 où la croissance mondiale avait avoisiné 3 %, le paysage offre une meilleure physionomie. Les conséquences de la grande crise s’effacent peu à peu. Mais bien trop lentement. Le FMI souligne l’amélioration de la situation des pays riches. Surtout aux Etats-Unis, en Grande Bretagne et en Allemagne. Outre Atlantique, la croissance devrait atteindre 2,8 % cette année et 3 % en 2015. La croissance des exportations et la reconstitution des stocks ont sous tendu la très belle performance (+ 3,25 %) du second semestre 2013. L’effet stock sera moindre en ce début d’année. Mais, le redressement de l’immobilier, la meilleure santé financière des ménages et l’amélioration des conditions de prêts des banques américaines, sans oublier la politique accommodante de la Réserve fédérale, devraient permettre de soutenir l’activité dans les prochains mois. En Allemagne, la bonne tenue du marché du travail, des conditions monétaires porteuses et l’amélioration de la confiance ont favorisé une hausse de la demande domestique principalement du côté de la consommation des ménages. Reste qu’outre Rhin, la hausse du Produit Intérieur Brut ne sera que de 1,7 % cette année et de 1,6 % l’an prochain. Prise dans son ensemble la zone euro reste le maillon faible de la croissance mondiale. Le FMI avance une croissance de seulement 1,2 % cette année et 1,5 % en 2015. La France est créditée de 1 % et 1,5 % respectivement. Une performance bien pâle par rapport aux 2,9 % et 2,5 % du Royaume Uni. « La fragmentation financière, les conditions restrictives du crédit et le poids des dettes privées » continuent de peser sur la croissance, soulignent les économistes du Fonds. A cela s’ajoute les vives inquiétudes sur l’évolution de l’inflation. Christine Lagarde s’en était émue en évoquant un risque de « basse-flation ». « Une période prolongée de basse inflation peut affaiblir la demande et la production — et affaiblir la croissance et l’emploi ». Un constat dressé principalement pour les pays de la zone euro. D’où son conseil, repris aujourd’hui par les économistes du Fonds appelant la Banque Centrale Européenne (BCE) à assouplir encore plus sa politique monétaire, que ce soit par de nouvelles baisse des taux d’intérêt directeurs ou par des mesures de refinancement bancaire à long terme principalement axé vers les PME. Dans une note de recherche publiée aujourd’hui, le centre de réflexion européen Bruegel, va même plus loin. « La politique monétaire ferme de la BCE explique pourquoi la plus faible économie des pays riches possède la monnaie la plus forte et fait face à la plus grande menace déflationniste ». « Avec des anticipations d’inflation de 1 % sur les deux ans à venir, l’insistance de la BCE à attendre des signes de déflation plus évident est un pari dangereux ». Alors que se tient une réunion des ministres des finances du G20, à Washington, juste avant la réunion de printemps du FMI, les pays membres de la zone euro risquent une nouvelle fois d’être mis sur la sellette.