G7

Le G7 au chevet d'une économie mondiale affaiblie
2014-06-04 Le Monde

Mais d'où viendra la croissance si, même aux Etats-Unis, l'économie flanche ? Entre le coup de froid sur le produit intérieur brut (PIB) américain et le nouveau recul de l'inflation dans la zone euro, qui augmente les risques de déflation, le sommet du G7 se présente sous de sombres auspices.

Les chefs d'Etat et de gouvernement des pays membres de ce groupe (Etats-Unis, Canada, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Japon) ainsi que l'Union européenne se retrouvent, mercredi 4 juin à Bruxelles, pour un dîner de travail largement consacré à la politique internationale, Ukraine en tête. Ils avaient initialement prévu de se rencontrer à Sotchi, mais l'annexion de la Crimée par la Russie en a décidé autrement : le président russe Vladimir Poutine a été exclu du G8, redevenu G7 depuis mars.

Les questions économiques ne seront sûrement pas absentes des échanges de mercredi soir, qu'il s'agisse des sanctions contre la Russie, de l'approvisionnement en gaz de l'Union européenne ou des pénalités envisagées par les Etats-Unis contre les sociétés qu'ils accusent d'avoir contourné l'embargo américain sur l'Iran. Deux sessions de travail sont prévues jeudi matin – l'une sur l'économie mondiale, dont le commerce ; l'autre sur l'énergie et le climat – avant un déjeuner de clôture consacré au développement et à l'Afrique.

LA GRANDE ÉPOQUE DES BRIC SEMBLE RÉVOLUE

Comment réactiver la croissance et s'assurer du caractère robuste de la reprise ? Telle est la question centrale après la publication fin mai d'une série d'indicateurs conjoncturels médiocres ou mauvais dans de nombreux pays du G7, alors même que le Fonds monétaire international (FMI), l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Banque mondiale misent sur les vieux pays industrialisés pour soutenir l'économie mondiale.

Le ralentissement de l'activité est net, en effet, dans les grandes économies émergentes. L'OCDE, sur la foi de ses indicateurs composites avancés, signalait le 13 mai une croissance inférieure à la tendance au Brésil, en Chine et en Inde et une moindre progression du PIB en Russie. La grande époque des BRIC semble bel et bien révolue.

Au Brésil, qui s'apprête à accueillir la Coupe du monde de football à partir du 12 juin, la progression du PIB a été ramenée de 0,7 % au dernier trimestre 2013 à 0,2 % au premier trimestre 2014. La croissance 2013 a été limitée à 2,3 % ; celle de 2014 s'annonce faible (la Banque centrale prévoit 1,6 % ; le ministère de l'économie entre 2,3 % et 2,5 %).

RIGUEURS D'UN HIVER POLAIRE

Pour la deuxième année consécutive, l'Inde a connu en 2013 une croissance inférieure à 5 % (4,7 %). Cette performance médiocre pour le deuxième pays le plus peuplé du monde (1,2 milliard d'habitants) après la Chine va mettre davantage de pression sur le gouvernement de Narendra Modi, très attendu sur la relance de l'économie.

Le ralentissement économique chinois, enfin, certes relatif (le PIB n'a progressé que de 7,4 % au premier trimestre), inquiète les groupes étrangers implantés dans l'empire du Milieu.

Dans cet environnement, les espoirs de reprise reposent donc pour une large part sur l'Amérique du Nord – les Etats-Unis et ses deux grands partenaires commerciaux que sont le Canada et le Mexique. Las ! les rigueurs d'un hiver polaire ont pesé sur la consommation des ménages comme sur l'activité et l'investissement des entreprises. Le PIB américain s'est contracté pour la première fois depuis trois ans. Quant au Canada, il a connu, pour les mêmes raisons, sa plus faible croissance depuis la fin 2012.

ACCIDENT DE PARCOURS

Les marchés n'ont quasiment pas réagi à ce qu'ils tiennent pour un accident de parcours. Nul doute toutefois qu'ils porteront une attention particulière aux statistiques de l'emploi dans le secteur privé américain, des mises en chantier de logements et des ventes d'automobiles en avril.

L'état de santé des autres Etats membres du G7 est très variable. Au Japon, la consommation des ménages a chuté en avril du fait de l'augmentation de 3 points de la TVA à 8 %, ce qui a provoqué une forte contraction de la production industrielle. La hausse des prix de détail (+ 3,2 % en avril), pourtant positive dans un pays qui cherche à sortir de plus de quinze années de déflation, inquiète les économistes. Ils redoutent ses effets négatifs sur le pouvoir d'achat des ménages et sur la demande intérieure.

Dans l'Union européenne, l'Allemagne et le Royaume-Uni ont entamé l'année 2014 en fanfare avec une croissance de 0,8 % au premier trimestre. Mais ailleurs, la situation est nettement moins bonne, la France et l'Italie étant à l'arrêt pour la première, en légère contraction pour la seconde. Globalement, la croissance est restée stable mais faible (+ 0,2 %) au premier trimestre dans une zone euro qui monopolise l'attention à la veille d'une réunion cruciale, jeudi 5 juin, de la Banque centrale européenne (BCE). Une chose est sûre : ce n'est pas de ce groupe de pays fragile et hétérogène qu'on peut attendre le salut.