Suisse

Scandale à la Banque nationale suisse
2012-01-07 Le Point

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Philipp Hildebrand, patron de la Banque nationale suisse, a reconnu que son épouse jonglait avec les devises. Mais il ne compte pas pour autant démissionner.

Les Hildebrand sont des gens très fortunés. Philipp Hildebrand, originaire du canton de Lucerne, était administrateur d'hedge funds aux États-Unis, et multimillionnaire à 35 ans. Son épouse, Kashya, Américaine d'origine pakistanaise, était courtière en devises, avant de se lancer dans le commerce d'oeuvres d'art. Elle possède une galerie à Manhattan, une autre à Zurich. Au début de l'année 2011, le couple vend son chalet à Gstaad pour 3,3 millions de francs suisses et convertit une partie de la somme en dollars.

Le 15 août 2011, Kashya Hildebrand achète pour 504 000 dollars de devises. La monnaie américaine est alors au plus bas. Le 6 septembre, la Banque nationale suisse décide d'arrimer le taux du franc suisse à celui de l'euro, 1,20 franc suisse pour 1 euro. Aussitôt, le dollar grimpe. Résultat, Kashya réalise un joli bénéfice. Seul problème, c'est son mari, Philipp Hildebrand, à la tête de la Banque nationale suisse (BNS), qui a pris cette mesure ! Dans tout autre pays, ce délit d'initié aurait balayé le gardien de la monnaie. Mais pas en Suisse. Jeudi, Philipp Hildebrand, soutenu par le Conseil fédéral (gouvernement) et par la BNS, a annoncé qu'il ne démissionnerait pas. Une femme de caractère

Philipp Hildebrand met cette opération sur le compte du "fort caractère" de son épouse. Cette dernière, experte financière, mène ses propres opérations sans demander l'autorisation à son mari, et sans même lui en parler. Pourtant, pour acheter les 504 000 dollars, Kashya n'a pas utilisé son compte bancaire personnel, mais celui de... son mari. "J'ai commis des fautes, mais je peux, sans problème, me regarder dans le miroir", assure le président de la BNS. Pour en finir avec cette histoire, le couple a généreusement donné ses gains litigieux (75 000 dollars) à l'Aide suisse aux montagnards.

Cette explication satisfait apparemment le Conseil fédéral. Quant au ministère public, il n'envisage même pas d'ouvrir une information judiciaire ! Toutefois, ce scandale, qui fait les gros titres de la presse helvétique, montre que, dans la Confédération, le gardien du franc suisse n'est, curieusement, pas soumis à des règles strictes pour gérer son patrimoine pendant son mandat. Philipp Hildebrand, 48 ans, entré au directoire de la BNS en 2003, en est le président depuis 2009. Les attaques de l'extrême droite

Derrière cette affaire se cache une autre affaire, plus politique. C'est un informaticien de la banque Sarasin, où les Hildebrand placent leurs économies, qui a transmis les documents compromettants à un avocat, responsable local de l'Union démocratique du centre (UDC), le parti le plus à droite de l'échiquier politique suisse. À son tour, l'avocat en a parlé à Christoph Blocher, leader du Parti populiste.

À trois reprises, les 5, 13 et 15 décembre, Christoph Blocher a alerté la socialiste Micheline Calmy-Rey, alors présidente de la Confédération. "C'est incroyable que ni le Conseil fédéral ni le conseil de la BNS n'en tirent les conséquences. On ne peut plus soutenir Hildebrand", a lâché le tribun d'extrême droite sur TeleZüri. L'UDC est le seul parti qui demande la démission du président de la BNS. Seule victime de cette histoire (à l'exception peut-être du franc suisse), l'informaticien indélicat de la banque Sarasin. Il a été licencié et mis en examen pour violation du secret bancaire.