Afrique-Climat

l'Éthiopie ouvre le bal du financement du fonds spécial Clim-Dev
2014-12-19 Le Point

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Le 1,1 million de dollars octroyé va permettre à l'Éthiopie de renforcer ses services d'informations climatiques et son système d'alerte rapide.

"C'est opportun parce que l'Afrique est exaspérée par les promesses de financement du climat, qui demeurent des engagements et des paroles creuses pour nos communautés vulnérables d'agriculteurs, de pêcheurs et d'éleveurs de bétail", indique Fatima Denton, directrice de la division des initiatives spéciales à la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique (CEA) et coordinatrice du Centre africain pour la politique en matière de climat de la même institution.

Qu'est-ce que le fonds Clim-Dev ? Opérationnel depuis le mois d'août dernier, le fonds Clim-Dev a été lancé à Marrakech, au Maroc, lors de la 4e conférence sur le changement climatique et le développement en Afrique (Clim-Dev Africa*).

Qui l'alimente ? Ce financement climat est pourvu en partie par le Fonds du développement nordique, l'Union européenne et l'Agence suédoise de coopération au développement. D'un montant de 33 millions d'euros, il doit faciliter la collecte, l'analyse et la propagation de l'information sur le climat. De fait, il va permettre de renforcer sur les plans national et régional des services météorologiques et hydrologiques en Afrique. L'agriculture, l'un des secteurs-clés du continent, pourra dorénavant s'appuyer sur des services climatiques fiables.

Les projections climatiques en seront améliorées Le projet éthiopien va renforcer les capacités nationales en matière de prévision météorologique, d'analyse de données, d'interprétation et d'information permettant aux services climatiques de prendre des décisions. Ce soutien à la prise de décision est la seconde phase d'un exercice continu, dans la mise en oeuvre des prévisions hydro-météorologiques, et la résistance au climat en Éthiopie.

Comment cela s'est-il construit ? Cela fait suite à un projet initialement lancé en 2013, sous l'assistance de la CEA, par le Centre africain pour la politique sur le climat. "Vingt stations météorologiques automatisées et sept unités d'étalonnage mobile viennent s'ajouter au réseau éthiopien", explique Alex Rugamba, directeur du département énergie, environnement et changement climatique de la Banque africaine de développement, de retour de la conférence de l'ONU à Lima. "L'Éthiopie pourra, à travers ce projet, s'adapter au changement climatique dans les secteurs de l'agriculture, de l'eau, de l'énergie et de la santé", poursuit Alex Rugamba.

Un élément capital pour la stratégie de développement L'Éthiopie est le deuxième pays le plus peuplé d'Afrique, avec plus de 90 millions d'habitants. D'après le plan national du développement économique du pays, repris dans un communiqué publié par le programme climat pour le développement en Afrique , "les changements climatiques auront des effets négatifs sur l'économie du pays et l'entraveront sur le chemin des objectifs du millénaire pour le développement". L'Éthiopie a en effet choisi d'axer sa stratégie de développement autour de la promotion de l'agriculture mais aussi d'investir dans ce secteur vu comme "un secteur qui stimule la croissance des industries".

Pour les autorités éthiopiennes, le changement climatique est à la fois une réelle menace et un atout. De fait, l'adaptation et l'atténuation sont des éléments à prendre en considération. Compréhensible quand on sait que le plan national éthiopien vise à intégrer principalement l'économie verte d'ici à 2025 dans le pays, au coeur de la corne de l'Afrique de l'Est.

Autant dire donc que le renforcement des services météorologiques en Éthiopie est stratégique pour le pays. Il s'intègre dans le cadre de plusieurs programmes, dont celui de la résistance au climat et celui de la stratégie d'économie verte (CRGE). D'après le rapport de l'OCDE sur les perspectives économiques 2014 en Afrique, "l'économie éthiopienne a bondi de 9,7 % en 2013, devenant l'une des plus performantes en 2012-2013". Au cours du premier trimestre 2015, la direction du fonds spécial Clim-Dev se penchera sur des projets similaires au Mali, au Niger, au Sénégal et au Kenya. La machine climatique paraît donc lancée sur le continent.