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IBSA 2014

3ème conférence africaine de la finance islamique : "Les banques islamiques présentes sur notre place nous ont permis de sortir d’une situation de duopole étouffante imposée", déclare le chef de l'Etat
2014-11-04 ADI

"A l’heure où dans certaines parties du monde, le qualificatif d’islamique est victime d’amalgame douteux, des fois même de discrimination et de stigmatisation, c’est une fierté de savoir qu’il existe un domaine où il excelle."

C'est ce qu'a déclaré le président de la République, M. Ismail Omar Guelleh, en donnant le coup d'envoi de la 3ème conférence africaine de la finance islamique dont les travaux ont débuté aujourd'hui à Djibouti.

Dans son discours prononcé lors de la cérémonie d'ouverture, le chef de l'Etat a fait allusion à la présence d'institutions bancaires islamiques sur le marché djiboutien en indiquant que "les banques islamiques présentes sur notre place nous ont permis de sortir d’une situation de duopole étouffante imposée."

L'ADI reproduit ci-après l'allocution du président de la République en son intégralité :

Louange à Dieu que la paix et la bénédiction soient sur le Prophète, sa Famille et ses Compagnons

Mesdames et Messieurs, Chers invités,

Djibouti s’enorgueillit de recevoir pour la troisième année consécutive, le Sommet Annuel des Banques Islamiques en Afrique. Pour moi, c’est un réel plaisir de vous accueillir ici et de nous retrouver autour d’un projet commun fédérateur qui sert nos intérêts stratégiques.

A l’heure où dans certaines parties du monde, le qualificatif d’islamique est victime d’amalgame douteux, des fois même de discrimination et de stigmatisation, c’est une fierté de savoir qu’il existe un domaine où il excelle.

A l’heure où la finance classique est pointée de doigt pour ses responsabilités dans les crises de l’économie mondialisée, c’est une satisfaction de constater que cette finance islamique est recherchée et même souhaitée dans les grandes capitales occidentales.

Enfin, c’est également pour nous un réel motif de satisfaction de se rendre compte que la finance islamique rencontre un succès grandissant sur notre continent.

Cet engouement pour la finance islamique sur notre continent s’explique, évidemment, par son originalité et sa spécificité. Car, tout comme la finance classique véhicule une idéologie libérale et même ultralibérale, la finance islamique est structurée autour d’un ensemble de valeurs religieuses et morales qui la régulent de l’intérieur et évite ainsi les dérives spéculatives.

Mais cet engouement s’explique aussi par le fait qu’il s’agit là d’un paradigme de financement qui se greffe facilement au socle des identités traditionnelles et coutumières de nos sociétés.

Notre pays est un exemple emblématique de cet engouement. En moins d’une décennie les banques ont réussi à capter une part significative du marché.

En effet, non seulement les banques islamiques présentes sur notre place nous ont permis de sortir d’une situation de duopole étouffante imposée, mais elles ont permis également une diversification de l’offre et par conséquent un meilleur accès au financement.

De ce point de vue, il n’est pas exagéré de dire que les 4 banques islamiques qui se sont implantées dans notre pays ont leur part dans la croissance économique de notre pays depuis une décennie.

Mesdames et Messieurs,

Comme vous le savez, le financement n’est pas une fin en soi. Il n’a de pertinence et de sens que s’il s’intègre dans une vision, je dirai même une philosophie, qui place l’humain au centre de ses préoccupations.

Le financement islamique, qui est infusée par une éthique et une morale a vocation à s’impliquer avant tout dans un projet de société dont l’objectif ultime est d’assurer le bien être des hommes et des femmes sur notre continent.

Cette ambition, morale mais politique aussi, Djibouti l’a inscrite au cœur de son développement dans un programme intitulé « Djibouti Vision 2035 ». Il s’agit d’une vision à long terme qui a pour objectif de bâtir l’architecture d’un développement économique et social inclusif.

Elle vise à mettre en place « un nouveau cadre intégré de planification articulant mieux les orientations stratégiques à la programmation, à la budgétisation et à l’aide ».

Tous nos efforts, actuels ou futurs, auront pour point de convergence cette ambition. D’ores et déjà, les grands projets d’infrastructures que nous avons lancés participent de cette démarche.

Comme vous le savez Mesdames et Messieurs, d’un seul port en 2000, Djibouti aura six ports à la fin de 2016. D’une seule route asphaltée nous reliant à l’Ethiopie, nous aurons trois axes routiers à la fin de 2015.

Le chemin de fer n’est pas en reste. Une nouvelle ligne totalement électrique reliera les deux capitales Djibouti et Addis-Abeba et sera opérationnelle, elle aussi, à la fin de 2015. Une autre ligne électrique reliera la ville de Tadjourah à Mekele en Ethiopie.

En outre, Mesdames et Messieurs, la République de Djibouti, membre actif de la COMESA, milite aussi pour une intégration régionale encore plus forte. Car, plus nos pays seront intégrés, plus il y aura une synergie de leur développement économique.

C’est cette ambition que nous caressons pour notre région et pour notre continent. La COMESA c’est 16,5 millions de KM2, plus de 490 millions de consommateurs et un PIB global de 425 milliards USD.

Cet espace représente une formidable opportunité de synergie économique. Voilà un immense espace où les besoins d’infrastructures sont énormes.

La finance islamique se doit d’accompagner ces grands projets intégrationnistes dont la finalité est de constituer un marché unique du continent.

Mesdames et Messieurs,

La promotion d’un système financier efficace, robuste et active, sera, à n’en pas douter une composante essentielle de la stratégie globale pour le développement de notre continent.

Certes la finance islamique, réputée pour être investie dans l’économie réelle mais aussi louée pour ses normes prudentielles, possède des atouts non négligeables pour irriguer le développement de notre continent.

Mais il faut qu’elle soit plus offensive, plus compétitive et plus efficace qu’elle ne l’est actuellement. Evidemment les Etats doivent favoriser son émergence puisque c’est avant tout aux décideurs et aux politiques de mettre en place l’environnement le plus propice.

C’est pourquoi, pour renforcer l’implantation de la finance islamique dans notre pays, nous œuvrons à la construction d’une capacité nationale spécialisée et dédiée à la finance islamique qui ira de la micro finance islamique aux Zukuks, en passant par la promotion des produits les plus classiques comme les Murabahas, les musharaka, les Istisnas et les Ijaras.

Au terme de cette année, nous projetons de créer un Comité National de Charia, chargé de veiller rigoureusement à la conformité des produits financiers et à l’éthique de notre religion. Enfin, pour 2015, nous espérons accueillir dans le secteur des assurances le première agence TAKFOUL.

De votre coté vous devez réfléchir à une meilleure stratégie qui accélère et intensifie le financement islamique dans tous les secteurs de notre économie.

Comment diversifier les produits de ce financement, actuellement concentré sur le secteur bancaire ? Comment impliquer le financement islamique dans le développement social ?Comment former nos cadres à une meilleure appréhension de ce financement ? Quelle stratégie marketing différentielle adopter ?

Toutes ces questions et d’autres feront naître des éléments de réponses qui feront en sorte que la finance islamique puisse être perçue comme un logiciel de développement de notre continent.

C’est un combat que nous devons mener tous ensemble pour un monde meilleur. C’est l’essence même de notre religion : « Aidez vous les uns les autres à l’accomplissement du bien et de la piété et ne vous entraidez pas à commettre le péché et l’agression » Coran: Verset 2, Sourate 5.

Je vous remercie.