Banque centrale de la Turquie

la banque centrale défie Erdogan, laisse ses taux d'intérêt inchangés
2014-12-24 Les Echos

La banque centrale turque a de nouveau défié mercredi le président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan qui réclame une forte baisse, laissant son principal taux d'intérêt directeur inchangé à 8,25%. A l'issue de la réunion mensuelle de son comité de politique monétaire, l'institution a expliqué qu'elle poursuivrait sa "politique de rigueur monétaire" jusqu'à ce qu'une "amélioration sensible des objectifs soit observée en matière d'inflation", indiquant espérer un impact de la baisse du prix de brut sur les prix. Le taux d'inflation annuel s'établissait en novembre à 8,80% en glissement annuel. Fin janvier, la banque centrale, institution indépendante, avait ordonné une hausse drastique de ses taux contre l'avis du pouvoir, afin d'enrayer la dégringolade de la livre turque et la dégradation des déficits publics, alimentées par la politique monétaire restrictive de la Réserve fédérale américaine (Fed) et les fortes tensions politiques dans le pays.

Le président Erdogan n'a depuis de cesse de réclamer la baisse de ces taux afin de protéger la croissance fragile du pays. Lors du week-end dernier, l'homme fort du pays s'est de nouveau exprimé en faveur d'une baisse. "Nous devons faire baisser les taux d'intérêt pour encourager les investisseurs. Tant qu'ils investissent dans notre pays, notre production, l'emploi et les exportations augmenteront", a-t-il notamment dit, admettant avoir pour l'instant "échoué" dans ce domaine. Après des taux "chinois" de plus de 8% en 2010 et 2011, l'économie turque a sérieusement ralenti depuis, d'abord victime de la crise de la zone euro, son principal marché à l'exportation, puis des tensions militaires à sa frontière chez ses voisins irakien et surtout syrien.

Le gouvernement turc a été contraint de réviser ses prévisions de croissance de 4 à 3,3% pour l'année 2014. Une prévision qui pourrait ne pas être atteint, car le net ralentissement s'est confirmé au 3ème trimestre 2014 avec un taux de croissance de 1,7%. Très dépendante des capitaux étrangers, l'économie turque est particulièrement vulnérable aux changements de la politique monétaire américaine.