MICRO FINANCE

Micro finance à Djibouti : Un marché en devenir
2015-07-23 ADI

La stratégie nationale de micro finance pour la période 2012-2016 est disponible sur le portail numérique du Secrétariat d’Etat à la Solidarité Nationale. La lecture de ce document en ligne est riche d’enseignements sur le cadre institutionnel, l’évolution, l’offre et la demande de services financiers, les rôles de différents acteurs du secteur. La décennie écoulée a été marquée par l’éclosion d’instituions de micro finance au niveau national. Le fait ne relève pas du hasard. Il découle de la volonté du gouvernement qui n’a pas ménagé ses efforts pour favoriser l’émergence et la structuration du secteur de la micro finance. Que cela soit en amont et en aval avec le soutien des bailleurs de fonds. …Les expériences antérieures de micros crédits. La première expérience nationale de micros crédits remonte à 1996. Elle était sous forme de projet dont le maître d’œuvre était l’organisation non gouvernementale Caritas-Djibouti. Première du genre au pays, l’initiative a connu un grand succès. Le projet a exclusivement financé les femmes suivant le modèle de la Grameen Bank. Il s’agissait pour ses instigateurs d’atténuer par ce biais les conséquences des programmes d’ajustements sur les populations défavorisées dans la seconde moitié des années 90. 654 femmes ont bénéficié des micros crédits, d’un montant cumulé de 126 millions de nos francs. Le taux moyen de remboursement était de 97% dans le cadre de ce projet qui s’est clôturé en 2001. Sur la base de ces résultats, le gouvernement a institué dès 2000 la mise en place du Fonds Social de Développement (FSD) et l’Agence Djiboutienne d’Exécution des Travaux d’Intérêt public (ADETIP) grâce au soutien des partenaires au développement. Ces deux institutions avaient pour missions d’assister les autorités politiques dans la réduction de la pauvreté et d’atténuer les effets des programmes d’ajustements structurels sur les couches pauvres et vulnérables de la population. Partage de rôles oblige. Le FSD avait instauré un système de microcrédits qui s’inspirait beaucoup de l’expérience de la Caritas. Les montants des crédits octroyés variaient de 30.000 à 200.000 FDJ. Ils étaient uniquement accordés aux femmes et étaient assortis d’un taux d’intérêt de 18%. Leurs remboursements étaient hebdomadaires sur une durée de 30 semaines. Le modèle s’appuyait sur la solidarité et la caution mutuelle des groupes de femmes liées les unes aux autres. Le FSD travaillait avec des associations et des ONG locales qui étaient chargées de distribuer les microcrédits et d’en assurer le suivi du remboursement. A l’issue du projet FSD, 3.560 femmes se sont vues repartir 363,8 millions FD de micros crédits. Et ce à travers 18 associations qui ont servi d’intermédiaires dans la capitale et les régions de l’intérieur. Le taux de remboursement est d’environ 97%. De son côté, l’ADEPIP a financé de 2000 à 2007, un nombre important de projets communautaires dans le cadre de la réalisation du volet » appui au développement communautaire ». …L’évolution de la micro finance de 2008 à ce jour. En 2008, les autorités nationales ont fait leur le choix de fusionner le FSD et l’ADETIP. La mesure a débouché sur la création de l’Agence Djiboutienne de Développement Social (ADDS) en référence au Décret n° 2008-0026/PR du 20 janvier 2008. L’un des objectifs à court terme de l’ADDS était la facilitation de l’accès des groupes cibles aux sources de financement par la promotion du financement de micros entreprises et l’octroi de micros crédits. L’ADDS s’est engagée dans un processus d’institutionnalisation et de professionnalisation du secteur en apportant son appui pour l’émergence d’institution de micro finance. Ce qui a été fait avec la création de la Caisse Populaire d’Epargne et de Crédit de Djibouti (CPEC) par l’institutionnalisation du programme FSD de micros crédits. Notons au passage que le Projet de Développement de la Micro finance et de la Micro entreprise (PDMM), financé par le Fonds International de Développement Agricole (FIDA), a également mis en place la Caisse Nationale d’Epargne et de Crédit (CNEC) qui a ouvert ses guichets en 2008. Les deux caisses ont entamé un processus de fusion, institutionnelle à partir de 2010, puis opérationnelle durant l’année 2011. … L’offre de services financiers par les IMF. L’offre actuelle de services et de produits ne s’intéresse exclusivement qu’aux financements du secteur tertiaire, principalement dans le secteur du commerce. Certains secteurs doivent faire l’objet d’une attention particulière dans l’offre de produits et services pour une couverture harmonieuse de la demande. Citons notamment l’artisanat, le tourisme, l’agriculture, la pêche et l’élevage. Bien entendu, cette initiative devra être soutenue par la mobilisation de fonds spéciaux afin de couvrir les risques inhérents. S’agissant de la couverture géographique, il y a lieu de relever que les institutions de micro finance existantes ne sont concentrées que dans le milieu urbain. La couverture du milieu rural devra être pensée, pour une prise en compte effective des besoins en financements de ces populations. Le constat soulève la pertinence des libertés de choix qu’il faut donner aux consommateurs de produits de micro finance. En ce sens, il importe de promouvoir les initiatives propices au développement de la micro finance islamique dans les collectivités urbaines et rurales du pays. …La demande potentielle en produits de micro finance. La demande potentielle de services financiers est réelle et importante. Mais elle n’a pas encore fait l’objet d’une évaluation. La demande satisfaite porte essentiellement sur les touts petits crédits de court terme administrés en groupe de solidarité, exclusivement aux femmes. La demande de crédit pour le financement des secteurs de l’agriculture, de la pêche, de l’artisanat n’a pas encore une véritable réponse au niveau des IMF. Les crédits à moyen et long terme, les crédits de montant compris entre 1 million et 3 millions de FDJ ne sont pas satisfaits. Les IMF n’ont pas encore développé une réponse appropriée à la demande de service de sécurisation de la petite épargne du secteur informel. …Les autres acteurs du secteur. L’action du gouvernement a été de fixer un cadre légal et réglementaire pour le développement du secteur de la micro finance à Djibouti. Elle a permis la création d’un Comité de Réflexion sur la Micro finance (CREM), placé sous la tutelle de la Banque Centrale de Djibouti en vue de faciliter le développement du secteur. Le gouvernement assure la mobilisation des fonds depuis l’institutionnalisation des projets à composantes de micro finance (FSD, PDMN) pour le financement des caisses (CPEC). Il encourage l’action des bailleurs et partenaires au développement en faveur du secteur. De son côté, la Banque Centrale de Djibouti(BCD) assure la tutelle des institutions de micro finance. Elle supervise les IMF et délivre des agréments pour l’exercice des activités de micro finance. Aussi, la BCD conduit le processus de réglementation du secteur (élaboration de stratégies nationales, lois, règlements, instructions, référentiels) et assure la vulgarisation de celle-ci. Pour sa part, l’Agence Djiboutienne pour le Développement Social assure l’institutionnalisation et la capitalisation des acquis du FSD. Elle apporte son appui au développement du secteur sous forme de soutien logistique et financier. Les priorités de l’ADDS sont le renforcement de capacités des IMF, et la mobilisation des financements auprès des partenaires au développement et des bailleurs de fonds.