FED

Janet Yellen s’inquiète pour l’indépendance de la Fed
2017-04-11 Les Echos

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La présidente de la Fed évoque une forme de menace qui pèse sur l’indépendance de la banque centrale américaine. Sans mentionner Donald Trump. Mais le message est clair.

« Une forme de menace pèse sur notre indépendance. » Dans la bouche de Janet Yellen, la phrase a du poids. Lors d'une séance de questions-réponses organisée à l'Université du Michigan, la présidente de la Fed s'est ouvertement inquiétée des pressions politiques qui menacent l'indépendance, jugée « cruciale » de l'institution qu'elle préside. En cause, plusieurs propositions de lois déposées par des élus du Congrès et visant à restreindre la marge de manoeuvre de la Fed en matière de politique monétaire.

Début février, Janet Yellen avait notamment reçu une lettre du sénateur républicain Patrick McHenry , vice-président de la commission des services financiers, l'enjoignant d'abandonner sur le champ toute négociation concernant la régulation bancaire au niveau mondial. Selon lui, la participation de la banque centrale américaine à ces discussions allait à l'encontre des intentions politiques de Donald Trump et des intérêts américains.

Réponse à Donald Trump

Le nom de Donald Trump n'est pas évoqué dans la réponse de Janet Yellen, mais celle-ci sonne clairement comme un avertissement au président américain qui avait vertement, et à plusieurs reprises, critiqué la Fed, accusée de faire le jeu des démocrates durant la campagne présidentielle. Elu, Donald Trump a par ailleurs promis de détricoter le Dodd Franck Act , qui encadre la gestion des fonds propres des banques. A ce titre, Janet Yellen a estimé que « si vous examinez les données objectives, je ne pense pas que l'on puisse dire que les régulations aient asphyxié le crédit bancaire ».

La question de l'indépendance de la Fed est jugée « très importante » par Janet Yellen, mais aussi par le marché, qui ne souhaite pas que les décisions de politique monétaire soient dictées par le pouvoir politique, plus enclin à imposer des politiques inflationnistes à long terme. Cette indépendance est liée au mandat actuel de la Fed qui doit maintenir un taux d'inflation d'environ 2%, tout en soutenant la croissance et un niveau proche du plein emploi.

Rendre des comptes

La présidente de la Fed a toutefois reconnu que cette indépendance statutaire n'empêchait pas la Fed de « rendre des comptes » ou d'être « transparente», une façon aussi de ne pas ajouter trop d'huile sur le feu avec la Maison Blanche et certaines membres du congrès.

Mais avec cette intervention, la présidente de la Fed, à qui il ne reste qu'un an de mandat, entend bien rappeler son indépendance à un moment où elle s'est lancée dans un processus de normalisation de sa politique monétaire. Mais la partie s'annonce serrée. Donald Trump doit nommer dès cette année deux nouveaux membres au conseil des gouverneurs de la Fed (qui en compte 7) et même trois alors que Daniel Tarullo a quitté la Fed le 5 avril. Les membres de la Fed sont nommés pour 14 ans par le président et confirmés par le Sénat.