G20

Constat de désaccord sur le renforcement des ressources du FMI
2011-10-15 Les Echos

La question d'une injection de capital pour le Fonds monétaire international divise les pays occidentaux et les pays émergents. Ces derniers sont prêt à apporter de l'argent frais en contrepartie d'un renforcement de leurs pouvoirs au sein de l'institution.

Réunis, hier soir lors d'un diner, les ministres des Finances et les gouverneurs de banques centrales du G20, ne sont pas parvenus à s'accorder sur le rôle précis du Fonds Monétaire International (FMI) dans le cadre de la résolution de la crise européenne qui menace de s'étendre à l'ensemble de l'économie mondiale. En particulier, la question du renforcement des moyens financiers de l'institution multilatérale se heurte aux intérêts divergents des pays membres de l'institution avec un net clivage entre les pays occidentaux et les pays émergents.

D'un côté, les nouvelles puissances économiques, à l'instar de la Chine, du Brésil et de l'Inde auxquelles s'ajoute la Russie sont favorables à l'augmentation des ressources du Fonds. Selon une source proche de ces pays, une injection de capital de l'ordre de 350 milliards de dollars serait nécessaire pour faire face à d'éventuels besoins de la part de l'Italie, de l'Espagne, de Chypre ou encore d'autres pays si la crise devait s'étendre. Mais, pour les pays émergents, cette recapitalisation ne doit pas se faire à leur détriment par une dilution des droits de vote ce qui implique aussi la participation des États-Unis et des pays occidentaux. Réformer la gouvernance du FMI

La présidente du Brésil, Dilma Rousseff, a parfaitement résumer la situation, vendredi, en estimant que la gouvernance du FMI doit être réformée avant d'y injecter de nouveau capitaux. « Les pays émergents pourraient être sollicités afin qu'ils participent à l'augmentation du capital du Fonds (...) mais pour cela, ils demandent à être davantage associés à la gestion du Fonds », a-t-elle indiqué lors d'une manifestation organisée à Porto Alegre.

Mais, les pays occidentaux ne l'entendent pas de cette oreille. Pour eux, avec 380 milliards de dollars, le Fonds a les ressources adéquates à l'heure actuelle. Ainsi, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schaüble a estimé vendredi que le FMI disposait «de moyens suffisants pour remplir sa mission» face à la crise de la dette en zone euro, ajoutant que « les Européens doivent s'acquitter eux-mêmes de la plus grande part de la tâche». « Nous sommes contents d'avoir l'aide et le soutien du FMI, mais il est décisif que nous prenions nos responsabilités et que nous combattions les problèmes à la racine» en Europe, a-t-il précisé.

Le son de cloche est sensiblement le même du côté des États-Unis, premier actionnaire du Fonds avec environ 17 % des droits de vote. Pour le secrétaire au Trésor des États-Unis, Timothy Geithner, les États-Unis comptent continuer à soutenir l'Europe par le biais du FMI sans avoir l'intention de contribuer davantage au financement de l'institution. «A travers le FMI [...] nous jouons déjà un rôle majeur, et nous sommes heureux de voir que le Fonds continue de jouer ce rôle» d'aide à l'Europe, a-t-il dit. «De la façon dont nous voyons le monde aujourd'hui, le FMI a des ressources financières très substantielles, qu'il n'a pas engagées et qui sont disponibles», a-t-il ajouté.

Pourtant, la directrice générale du Fonds, Christine Lagarde, avait de son côté estimé que les ressources à la disposition de son institution pourraient être largement inadaptées en cas d'aggravation de la crise européenne. Selon une étude interne que Reuters s'est procuré, l'institution pourrait être mis à contribution jusqu'à hauteur de 840 milliards de dollars dans le pire des scénarios.

La probabilité d'un éventuel accord sur les ressources financières du FMI ce week-end est faible. La question sera sans doute renvoyée du côté des Chef d'État du G20 qui se réuniront les 3 et 4 novembre à Cannes. Mais, là encore, la probabilité d'un accord de grande envergure est faible. Priorité est donnée à la résolution de la crise européenne. RICHARD HIAULT