OCDE / GRECE

Pourquoi la Grèce s'est prise d'amour pour l'OCDE
2015-01-13 Le Figaro

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Alexis Tsipras, le premier ministre grec, souhaiterait que l'institution internationale, qui ne distribue pas d'argent, devienne le nouveau prescripteur de réformes d'Athènes. On ne fait pas attendre Alexis Tsipras. Angel Gurria, le secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économiques, s'est rendu toute affaire cessante d'Istanbul, où il a participé lundi et mardi au G20, à Athènes. Il répondait ainsi à l'invitation du premier ministre grec. Les deux hommes ont décidé mercredi matin de mettre en place «une commission de coopération… pour élaborer un accord sur des réformes qui vont relancer la croissance», a indiqué Alexis Tsipras. Après avoir abrité discrètement pendant un an dans ses locaux parisiens les réunions de la troïka - qui avait peur d'affronter la colère des Athéniens -, l'OCDE pourrait devenir le nouveau prescripteur de réformes d'Athènes. Tel est le rêve d'Alexis Tsipras... La Grèce, comme la Turquie, est un membre fondateur de l'OCDE, rappelle-t-on au siège de l'organisation internationale, à Paris. Elle en a fait partie dès 1960 quand l'OCDE a pris le relais de l'OECE, qui avait été créée pour encadrer les crédits du Plan Marshall dont Athènes avait aussi bénéficié. De même, la Grèce et la Turquie sont entrées en même temps, 1952, dans l'Otan. Dans les deux cas, ce fut à la demande impérieuse des Américains soucieux d'intégrer les frères ennemis de la Méditerranée orientale dans ces institutions phares de la guerre froide, l'Otan, bras militaire du monde occidental et l'OCDE, vecteur idéologique de l'économie de marché. Conditions draconiennes Alexis Tsipras, le gauchiste, n'a manifestement pas les préventions de l'opinion publique française à l'encontre de l'OCDE. Tout en siégeant au Château de la Muette, cette dernière garde en France une image d'ultralibéralisme associée à ses critiques du smic et des 35 heures. Contrairement au Fonds monétaire international, l'OCDE ne distribue pourtant pas d'argent, ni subventions ni crédits. Or, comble du paradoxe, c'est ce qui fait semble-t-il son charme auprès du nouveau pouvoir à Athènes. Les conseilleurs ne seront plus les payeurs, et leurs remèdes seront moins contraignants, espère-t-on. Car le principe même des prêts du FMI, dont l'encours vis-à-vis de la Grèce s'élève aujourd'hui à 32 milliards d'euros, est d'être toujours assortis de conditions extrêmement draconiennes. C'est la raison pour laquelle l'Allemagne avait insisté en 2010 pour introduire le FMI dans les plans de sauvetage de la Grèce car il saurait se faire obéir: compte tenu de son expérience de pompier des crises financières, de l'Amérique latine dans les années 1980 à l'Asie de la décennie 1990, le FMI a un savoir-faire dont la Commission européenne manquait totalement. À l'époque, cette option était loin de faire l'unanimité: Jean-Claude Trichet, alors président de la BCE, avait combattu entre autres pour que la zone euro règle seule ses problèmes - sans le FMI - comme il sied à une union monétaire digne de ce nom… L'ultralibéralisme de l'OCDE réussira-t-il mieux que l'orthodoxie financière du FMI?