Investissement

Les relations économiques sino-russes se réchauffent en Sibérie
2012-05-02 La Tribune

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Le pragmatisme pousse les deux pays à développer leurs relations commerciales, comme le traduit la création d'un fonds souverain commun d'investissement doté de 4 milliards de dollars. Mais un point d'achoppement majeur reste le prix du gaz.

Le vice Premier ministre chinois Li Keqiang se trouvait samedi à Moscou pour superviser la signature de 27 accords entre des sociétés chinoises et russes pour un montant total de 15 milliards de dollars. Celui qui doit en principe remplacer le Premier ministre Wen Jibao en mars 2013 a eu l'honneur de rencontrer non pas seulement un homologue, mais le président Dmitri Medvedev et le premier ministre Vladimir Poutine. Il s'agissait entre autres d'établir des liens personnels entre des dirigeants qui ont l'intention de gouverner encore une bonne décennie.

La Chine est devenue depuis l'année dernière le premier partenaire commercial de la Russie, avec des échanges bilatéraux dépassant les 50 milliards de dollars en 2011. En revanche, la Russie n'est que le 13e partenaire commercial de l'ex-Empire du Milieu.

Un fonds commun d'investissment de 4 milliards de dollars

Pour permettre à l'économie de la Sibérie et de l'Extrême Orient d'accéder au gigantesque marché chinois, le vice Premier ministre russe Igor Chouvalov a dévoilé la création d'un fonds commun d'investissement de 4 milliards de dollars entre les deux pays. Fonds dont le rôle est de soutenir les projets transnationaux privés entre les deux pays. Deux fonds souverains russe et chinois participent à parité (1 milliard chacun), tandis que les deux autres milliards de dollars viendront d'investisseurs institutionnels chinois. Le fonds doit réaliser ses premiers investissements cet été. "Les placements potentiels actuellement considérés concernent les industries du bois, de la mécanique et de la logistique", explique Kirill Dmitriev, directeur général du Fonds d'Investissement Direct de Russie. Selon lui, les Chinois cherchent avant tout des partenaires russes aux reins solides et engagés dans des projets soutenus par l'Etat russe. Ces projets sont presque tous situés dans les régions frontalières de la Chine, soit la Sibérie et l'Extrême Orient russe.

La méfiance à l'égard de la Chine est tombée

Les investissements chinois en Russie ont longtemps été freinés par la crainte des haut fonctionnaires du Kremlin de voir Pékin prendre une position dominante dans l'économie sibérienne. La montée en puissance de l'économie chinoise contraste avec une Sibérie réduite au rôle de pourvoyeuse de matières premières. Mais des compagnies russes prennent désormais les devants et, à l'image du numéro un mondial de l'aluminium Rusal, entrent sur le marché chinois. Rusal vient de conclure un accord d'une valeur d'un milliard de dollars avec le chinois Norinco.

Désaccord sur le prix du gaz

L'accélération des affaires concerne tous les secteurs, sauf le gaz. Depuis plus de dix ans, Moscou et Pékin ne parviennent pas à trouver un accord sur le prix du gaz sibérien que la Russie propose d'exporter via deux gazoducs. Moscou veut vendre ce gaz à un tarif supérieur à 300 dollars les 1.000 m3 (avec déjà un important rabais sur le prix payé par les européens) tandis que Pékin refuse de payer davantage que 200 dollars. La construction rapide de gazoducs chinois en Asie Centrale et l'abondante offre de gaz de schistes sur le marché américain ont tendance à affaiblir la position russe. Mais Gazprom voit ses coûts de production augmenter et s'efforce de rivaliser avec les chinois en terme de patience. Emmanuel Grynszpan, à Moscou