Banque

Les banques de la zone euro toujours pas tirées d'affaire
2012-04-20 Le Point

La communauté internationale fait pression sur la zone euro pour qu'elle renforce la solidité de ses banques, y compris grâce à des fonds publics.

Renforcer les banques est la nouvelle pression exercée sur les Européens par la communauté financière internationale, inquiète de voir le système financier du continent s'affaiblir au risque d'une contraction du crédit.

Les ministres de la zone euro avaient cru répondre aux attentes en mettant en place, fin mars, leur dispositif commun de financement des pays en difficulté, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et le Mécanisme européen de stabilité (MES).

Venus à Washington pour une réunion du G20 et l'assemblée du Fonds monétaire international, ils ont reçu une autre suggestion, pressante : remettez vos banques sur pied. "Afin de faciliter le rétablissement après la crise financière mondiale, la priorité la plus immédiate est de contribuer à restaurer la stabilité financière, notamment, mais pas uniquement, dans la zone euro", écrit le FMI dans un "programme de travail sur la surveillance financière" publié jeudi. Ce sentiment est largement partagé par les pays du G20 hors d'Europe. "Tristement sous-capitalisées" (ministre des Finances canadien)

Les banques européennes sont "tristement sous-capitalisées", a déclaré, lors d'une conférence à Washington jeudi, le ministre des Finances canadien Jim Flaherty, cité par l'agence Dow Jones Newswires.

Dès octobre, les chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne avaient pris l'engagement de faire remonter les fonds propres des banques à des niveaux jugés prudents. Les opérations de refinancement géantes de la Banque centrale européenne, en décembre et en février, ont pu, en attendant, calmer la situation. Mais leur succès a aussi été vu comme un symptôme inquiétant de la fragilité des banques du continent, ne réglant en rien les problèmes structurels. D'après le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, "elles ont seulement donné du temps, et ce temps doit être utilisé".

L'Espagne est particulièrement dans la ligne de mire. Le total des créances douteuses de ses banques ne cesse d'y monter, atteignant 8,15 % du total des créances en février, un nouveau record. Jeudi, les banques d'autres pays, françaises, allemandes, italiennes, ont aussi été malmenées sur les marchés boursiers. Permettre aux pare-feu d'investir directement dans les banques

Le FMI propose aux Européens un remède : injecter de nouveau de l'argent public dans les banques. "Idéalement, il serait utile, par exemple, que le FESF et ce nouveau mécanisme qu'ils mettent en place, le MES, soient capables d'investir directement dans le capital des banques, en esquivant les États. À ce moment-là, on coupe le lien entre États et banques", a expliqué sa directrice générale, Christine Lagarde.

Selon ses calculs, les banques de l'UE risquent de rétrécir leurs bilans d'un montant compris entre 2 200 et 3 800 milliards de dollars en 2012 et 2013. Dans le pire des cas, cela coûterait à la zone euro 1,4 % de son produit intérieur brut.

Les États-Unis estiment aider à leur manière, par les lignes d'échange de devises entre leur banque centrale, la Réserve fédérale et la Banque centrale européenne. Ces accords, qui permettent aux banques européennes de se fournir en dollars, "ont eu un rôle très important pour atténuer et amortir les effets de la crise européenne sur le reste du monde, parce que cela diminue la nécessité pour les banques européennes de réduire leurs actifs étrangers très rapidement, ce qui aurait exercé beaucoup plus de pression à la baisse sur l'économie mondiale", a affirmé mercredi le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner.